PNH : 30 ans de promesses, et toujours autant d’abandon
Alors que le gouvernement célèbre avec emphase les 30 ans de la Police nationale d’Haïti (PNH), des policiers dénoncent une réalité bien différente de celle décrite dans les discours officiels. Derrière les mots du Premier ministre, qui salue « le courage quotidien » des agents et promet « la pleine solidarité de l’État », un profond malaise traverse les rangs.
Nombreux sont les policiers à affirmer qu’ils sont livrés à eux-mêmes : mal équipés, mal rémunérés, mal protégés. Certains n’hésitent pas à parler de mépris institutionnel. Dans plusieurs commissariats, les agents travaillent avec des munitions limitées, des véhicules hors d’usage, et sans aucun appui psychologique, dans un contexte de violence extrême où ils paient parfois de leur vie leur engagement. Les primes tardent, les promotions sont arbitraires, et les revendications restent ignorées.
Le contraste est d’autant plus choquant que le gouvernement a récemment lancé, en grande pompe, une « Task Force » spécialisée dans l’utilisation de drones explosifs, censée traquer les chefs de gangs dans les zones rouges. Une opération présentée comme innovante, mais qui, jusqu’ici, n’a produit aucun résultat tangible : aucun chef de gang arrêté, aucun territoire repris, aucune avancée notable sur le terrain. Pour plusieurs policiers, il s’agit d’un gaspillage de ressources : on investit dans des gadgets pendant que les unités régulières ne disposent même pas de matériel de base pour faire face aux terroristes.
Ce qui irrite le plus, c’est le décalage entre les belles paroles et la dure réalité. Les hommages solennels aux policiers tombés en service ne suffisent plus. Les agents réclament des moyens concrets, des salaires décents, des outils adaptés, et un minimum de respect.
En célébrant les 30 ans de la PNH sans répondre aux cris de détresse de ses membres, le gouvernement donne l’image d’un pouvoir sourd à la souffrance de ceux qui défendent encore la République. L’histoire dira si cet anniversaire aura été une occasion manquée de reconstruire la confiance entre l’État et sa force publique.
Jean Daniel PIERRE
