Port-au-Prince – Nouveau poste de péage à la rue Nicolas : le calvaire des usagers de la nationale #2 continue
Une nouvelle barrière armée, érigée récemment à la rue Nicolas non loin de l’École Nationale, vient durcir les conditions de vie déjà précaires des citoyens de Carrefour et Fontamara. Le groupe armé Viv Ansanm, qui contrôle cette zone, impose désormais un nouveau péage illégal, forçant chauffeurs et passagers à subir un régime d’extorsion devenu routinier.
Contrairement aux barrières classiques, il n’y a pas de structure physique installée. Ce sont les hommes armés eux-mêmes qui se positionnent au milieu de la rue pour extorquer le « droit de passage », menaçant quiconque tenterait de passer sans payer. Ce mode d’opération renforce la terreur en plein cœur de la circulation quotidienne.
Cette portion de route n’est pas anodine : elle constitue un axe vital reliant Port-au-Prince aux départements du Sud, notamment les Nippes, la Grande-Anse, le Sud-Est, ainsi qu’à plusieurs communes du département de l’Ouest. Chaque jour, des milliers de citoyens empruntent cette voie pour travailler, se soigner, étudier ou commercer. La présence renforcée des gangs à ce carrefour stratégique accentue l’asphyxie sociale et économique du pays.
Une grève des transporteurs avait été observée ce lundi 5 mai en signe de protestation, mais elle n’a duré qu’une journée. Faute d’alternative, les chauffeurs ont repris du service, contraints de se soumettre aux exigences des gangs, tout comme les passagers qui n’ont d’autre choix que de payer des trajets devenus hors de prix.
Ce nouveau point de contrôle porte à cinq le nombre de postes de péage armés opérés dans la capitale :
À Fontamara 27, sous l’autorité du gang Ti Bwa
À Martissant, par les groupes 5 Segond et Gran Ravin
À la 1ère Avenue Bolosse, contrôlée par Baz Pilat
À la ruelle Alerte, sous l’emprise directe du gang Gran Ravin
Et désormais, à la rue Nicolas, qui verrouille davantage l’accès au grand Sud du pays.
Les conséquences économiques sont immédiates : la course Fontamara–centre-ville est désormais tarifée entre 100 et 125 gourdes, contre 75 gourdes auparavant. Le trajet Carrefour–centre-ville peut atteindre 200 gourdes. À Delmas, les minibus au départ de la 1ère Avenue facturent maintenant 150 gourdes, soit une hausse de 50 %.
Dans ce tableau sombre, l’État est complètement absent. Aucune réaction, aucune présence sécuritaire. Pire, certains dénoncent la complicité silencieuse de certaines autorités. Pendant ce temps, les gangs enrichissent leur pouvoir, leur influence et leur arsenal, pendant que la population s’enfonce dans la pauvreté et la peur.
Pour les citoyens de l’aire métropolitaine et des régions du Sud, se déplacer n’est plus un droit : c’est devenu un luxe, voire un risque mortel.
