Sanctions internationales : le CPT tente de sauver les apparences

Sanctions internationales : le CPT tente de sauver les apparences

Dans une note sèche publiée ce 28 avril, le Conseil présidentiel de transition (CPT) a ordonné au Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé d’activer la machine judiciaire contre plusieurs anciens hauts dignitaires et membres influents du secteur privé lourdement sanctionnés par la communauté internationale.

En apparence, il s’agit d’une offensive contre l’impunité ; en réalité, beaucoup y voient un geste de pure communication pour tenter de sauver les apparences dans un pays où la justice est depuis longtemps instrumentalisée par les élites.

Le CPT évoque sa volonté de « garantir le respect des engagements internationaux » dans la lutte contre la corruption et le blanchiment d’argent. Mais ce discours sonne creux pour une population lassée des promesses trahies. Comment croire à la sincérité d’un Conseil dont au moins trois membres sont eux-mêmes éclaboussés par des soupçons de corruption dans le scandale de la Banque Nationale de Crédit (BNC) ? Le paradoxe est flagrant : ceux qui réclament des comptes devraient commencer par rendre des comptes.

Parmi les personnalités visées figurent Rony Célestin, l’ancien sénateur au train de vie ostentatoire, Gary Bodeau, ex-président de la Chambre des députés soupçonné de trafic d’influence, Léon Charles, ancien directeur général de la Police nationale, critiqué pour sa passivité face à la montée des gangs, ainsi que Gilbert Bigio, oligarque emblématique, accusé de blanchiment d’argent et de liens avec des réseaux criminels.

À cette liste déjà accablante deux anciens Premiers ministres figuraient: Laurent Salvador Lamothe et Jean Henry Céant, eux aussi frappés par des sanctions pour leur implication présumée dans des pratiques de corruption à grande échelle.

Dans ces conditions, peut-on sérieusement attendre du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, lui-même issu du secteur privé et lié à plusieurs milieux d’affaires controversés, qu’il mène une lutte impartiale contre la corruption ? Rien n’est moins sûr. Ses accointances alimentent un climat de scepticisme généralisé.

Dans ce contexte, l’initiative du CPT ressemble davantage à un exercice de relations publiques destiné à calmer la pression internationale qu’à une réelle volonté d’éradiquer l’impunité systémique. La main qui désigne pourrait bien être la main qui protège.

À défaut d’actes forts, d’arrestations, poursuites sérieuses, procès publics , la transition risque de n’être qu’un nouveau chapitre d’illusions dans la chronique de l’impunité haïtienne.

Pour l’instant, le peuple observe, le doute grandit, et l’histoire jugera.

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *