Un ex-garde rapproché de Garry Conille arrêté pour collusion avec des gangs
L’arrestation de Dominique Junior Altimy, alias Junior Gabard, policier affecté à la Primature et ancien membre de l’équipe de sécurité rapprochée de l’ex-Premier ministre Garry Conille, met en lumière les profondes vulnérabilités de l’appareil sécuritaire haïtien. Accusé d’entretenir des liens étroits avec le gang criminel « Viv Ansanm », cet agent de l’Unité Départementale de Maintien de l’Ordre (UDMO), issu de la 20e promotion de la PNH incarne les contradictions d’un système où la frontière entre protecteurs et prédateurs semble s’effacer.
Cette affaire, révélée le 12 mars 2025, survient dans un contexte déjà tendu pour la Police Nationale d’Haïti (PNH), confrontée à une recrudescence de la violence armée et à des défis structurels majeurs. L’arrestation d’Altimy soulève des questions cruciales sur l’infiltration des gangs au sein des institutions étatiques et sur la capacité des autorités à garantir la sécurité des citoyens.
Un scandale aux ramifications inquiétantes
Selon des informations divulguées par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ), Dominique Junior Altimy aurait été impliqué dans des activités criminelles en lien avec « Viv Ansanm », une coalition de gangs tristement célèbre pour ses exactions et son emprise sur plusieurs quartiers du département de l’Ouest. Les services de renseignement de la Primature, à l’origine des investigations, auraient découvert des preuves accablantes de ses connexions avec des criminels notoires.
Fait marquant, c’est l’ancien Premier ministre Garry Conille lui-même qui aurait fourni des informations cruciales ayant mené à l’arrestation du policier. Cette révélation ajoute une dimension supplémentaire à l’affaire, mettant en lumière les tensions et rivalités au sein des cercles du pouvoir.
Ce qui rend cette affaire particulièrement explosive, c’est le poste stratégique qu’occupait Altimy : membre de la sécurité rapprochée de Garry Conille, il avait accès à des informations sensibles et à des personnalités politiques de premier plan. Comment un individu soupçonné de collusion avec des gangs a-t-il pu gravir les échelons sans être détecté plus tôt ? Cette question, désormais sur toutes les lèvres, souligne les graves lacunes des procédures de contrôle et de vérification au sein des institutions haïtiennes.
Une Police Nationale sous pression
L’arrestation d’Altimy intervient alors que la PNH est déjà sous le feu des critiques. Minée par un manque chronique de ressources, une corruption endémique et une défiance croissante de la population, l’institution peine à remplir sa mission de protection des citoyens. Pendant ce temps, les gangs étendent leur influence, exploitant les failles du système pour s’infiltrer dans les rouages de l’État.
Le gouvernement actuel, dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils Aimé, tente de rassurer l’opinion publique en affirmant sa détermination à lutter contre la corruption et les complicités criminelles. Toutefois, si cette arrestation est saluée comme une victoire symbolique, elle ne suffit pas à dissiper les doutes quant à la capacité des autorités à enrayer la spirale de la violence.
Des questions qui restent en suspens
Au-delà du cas spécifique de Dominique Junior Altimy, cette affaire soulève des interrogations plus larges sur la gouvernance et la transparence en Haïti. Quelles mesures seront prises pour éviter de telles infiltrations à l’avenir ? Et surtout, combien d’autres individus compromis se cachent encore au sein des forces de l’ordre ?
Si l’arrestation d’Altimy constitue un pas dans la bonne direction, elle ne doit pas occulter l’urgence d’une réforme en profondeur de la PNH et des institutions étatiques, pour plus d’un. Sans une volonté politique ferme et des actions concrètes pour renforcer la transparence et la responsabilité, ces scandales risquent de se multiplier, plongeant davantage le pays dans le chaos.
En attendant, la population haïtienne, déjà éprouvée par des années de crise, observe avec scepticisme les promesses de changement. L’affaire Altimy est un rappel brutal des défis qui attendent Haïti sur le chemin de la stabilité et de la sécurité. Reste à savoir si les autorités saisiront cette occasion pour engager des réformes profondes ou si cette arrestation ne sera qu’un épisode de plus dans une longue série de désillusions.
Jean Daniel PIERRE
