Posséder une maison en République dominicaine : bientôt un nouveau casse-tête pour les Haïtiens
Récemment, la rencontre entre Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, le ministre haïtien des Affaires étrangères, et l’ambassadeur dominicain Faruk Miguel Castillo, a suscité un certain espoir de réconciliation entre les deux nations. Cette rencontre a été qualifiée de moment « de dialogue bilatéral », visant à apaiser les tensions historiques et renforcer la coopération entre Haïti et la République Dominicaine.
Cependant, quelques jours après cette rencontre, un projet de loi dominicain a émergé, jetant une ombre sur cette apparente volonté de rapprochement. Ce projet de loi met en lumière des restrictions et discriminations sévères à l’encontre des Haïtiens, rendant d’autant plus difficile une relation harmonieuse entre les deux pays.
Le projet de loi en question, proposé par le président de la Force nationale progressiste, Pelegrín Castillo, en collaboration avec des députés dominicains comme Elías Wessin et Eugenio Cedeño, cherche à imposer des restrictions qui affectent directement les Haïtiens vivant en République Dominicaine ou souhaitant y investir. Voici un aperçu des mesures qui vont à l’encontre des intérêts et des droits des Haïtiens :
1. Obligation de demander une autorisation pour acheter des maisons
Selon le projet de loi, les citoyens haïtiens devront obtenir l’autorisation du pouvoir exécutif dominicain avant d’acquérir des maisons ou des propriétés en République Dominicaine. Cette mesure discriminatoire cible directement la capacité des Haïtiens à posséder des biens immobiliers, ce qui pourrait les priver d’une possibilité d’investissement ou de stabilité dans le pays voisin.
2. Filtrage par les agences de renseignement et de sécurité
Le projet stipule que les Haïtiens devront être vérifiés et purgés par les agences de renseignement et de sécurité dominicaines avant de pouvoir acquérir des propriétés ou exercer certaines professions. Cela implique un processus d’examen qui n’est pas imposé aux autres nationalités, renforçant l’idée que les Haïtiens sont vus comme une menace potentielle pour la sécurité nationale.
3. Interdiction d’acquérir des propriétés dans les zones frontalières
Le projet vise également à interdire aux étrangers, particulièrement les Haïtiens, l’acquisition de biens immobiliers dans les provinces situées à la frontière entre les deux pays. Cette mesure s’appuie sur l’argument de la sécurité nationale, en affirmant que la propriété des terres frontalières doit être soumise à des exigences légales spécifiques, privilégiant ainsi la possession par les Dominicains.
4. Restrictions sur les emplois réservés aux Dominicains
Le projet de loi propose une liste de métiers auxquels les Haïtiens ne pourront pas accéder. Ces professions incluent des postes de gardiens de maisons, de fermes ou de propriétés, dans les sociétés de sécurité privées, ainsi que des emplois de conducteurs ou d’assistants dans le secteur du transport touristique. De plus, les Haïtiens seraient également exclus de certains secteurs comme les services de jardinage urbain et les stations de carburant. Ces restrictions témoignent d’une volonté de limiter la participation des Haïtiens à l’économie dominicaine et à ses emplois essentiels.
5. Conditions strictes pour les étudiants haïtiens.
Une autre mesure du projet impose que tout étudiant haïtien bénéficiant d’une bourse pour étudier en République Dominicaine s’engage à retourner en Haïti après ses études pour exercer sa profession pendant une période de 4 à 7 ans. Si cet engagement n’est pas respecté, le professionnel haïtien pourrait être expulsé de la République Dominicaine, avec une interdiction d’entrée définitive, et le gouvernement exigerait le remboursement des sommes versées pour la bourse.
La présentation de ce projet de loi intervient peu de temps après la rencontre entre le ministre haïtien des Affaires étrangères et l’ambassadeur dominicain. Les deux parties ont affirmé leur volonté de renforcer la coopération bilatérale et de mettre fin aux tensions. Le ministre dominicain de la présidence, José Paliza, a même déclaré que la République Dominicaine était ouverte au dialogue avec Haïti.
Cependant, l’apparente bonne volonté exprimée par les autorités dominicaines se heurte à la réalité des mesures législatives proposées. D’un côté, la République Dominicaine parle de dialogue et de rapprochement, mais de l’autre, elle met en place un cadre législatif qui fragmente davantage les relations bilatérales, stigmatisant et excluant systématiquement les Haïtiens. Cette contradiction montre que les paroles de réconciliation ne sont pas accompagnées d’actes concrets, mais plutôt de politiques de fermeture et de discrimination.
Le projet de loi proposé révèle un aspect inquiétant de racisme institutionnalisé et de xénophobie envers les Haïtiens. En mettant en place des restrictions aussi sévères et en ciblant spécifiquement les Haïtiens, la République Dominicaine semble affirmer qu’ils ne sont pas les bienvenus, malgré des décennies de coopération historique et culturelle entre les deux nations. Ce traitement injuste, qui affecte les droits économiques, sociaux et politiques des Haïtiens, va à l’encontre des principes universels des droits humains et d’égalité.
La situation actuelle entre Haïti et la République Dominicaine pose une question cruciale : les gestes diplomatiques de réconciliation sont-ils sincères, ou s’agit-il simplement d’une façade pour manipuler les Haïtiens et les maintenir dans une position de vulnérabilité ?
Si la République Dominicaine souhaite réellement enterrer la hache de guerre, elle devra revoir ses politiques discriminatoires et prendre des mesures concrètes pour garantir les droits des Haïtiens, sans les exclure systématiquement de la vie économique, sociale et politique du pays. La contradiction entre les paroles et les actes est trop évidente pour ne pas soulever des doutes sur la véritable intention derrière ce dialogue bilatéral.
Steve Luc PIERRE
