Mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti : de l’espoir à la désillusion

Mission multinationale d’appui à la sécurité en Haïti : de l’espoir à la désillusion

La Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité en Haïti (MMAS), approuvée par le Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2023, avait suscité de grands espoirs parmi la population haïtienne, qui voyait dans cette intervention une réponse à la crise sécuritaire qui ravage le pays. Dirigée par le Kenya, la mission avait pour objectif de soutenir la Police nationale haïtienne (PNH) dans sa lutte contre les gangs armés. Pourtant, malgré ces promesses de renforcement de la sécurité, la présence kenyane n’a jusqu’à présent produit aucun impact significatif.

Le premier contingent de 200 policiers kényans est arrivé à l’aéroport Toussaint Louverture le 29 juin 2024, suivi d’un second groupe de 200 policiers le 16 juillet, portant leur nombre total à 400. L’arrivée de ces policiers a nourri un grand espoir au sein de la population, qui espérait enfin voir une amélioration de la situation sécuritaire dans le pays. Cependant, malgré le slogan

motivant « Go Hard or Go Home », aucune action forte n’a été remarquée, à tel point qu’il est difficile d’évaluer leur performance sur le terrain. En effet, leur bilan est tellement inexistant qu’on pourrait croire qu’ils ne sont même pas présents sur le territoire.

Pourtant, le 10 juillet 2024, un média kényan affirmait que les policiers kenyans avaient repris le contrôle de l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), auparavant sous l’emprise des gangs. Cependant, cette information s’est avérée être de la pure propagande, car la zone reste encore aujourd’hui difficile d’accès et l’hôpital est toujours inactif.

Les failles de la mission se sont davantage révélées lors de l’incident du 12 août 2024 à Ganthier, où plusieurs policiers kenyans ont failli perdre la vie. Ils n’ont été sauvés que grâce à l’intervention rapide des policiers haïtiens. Suite à cet échec, le général Godfrey Otunge, commandant des troupes kényanes, a admis que ses forces étaient mal équipées pour combattre efficacement les gangs, dénonçant la mauvaise qualité des véhicules blindés fournis par les États-Unis.

Les difficultés internes ont également fragilisé la mission. Le 27 août 2024, le journal kényan Daily Nation révélait que certains policiers kenyans déployés en Haïti n’avaient pas été payés pendant deux mois, provoquant des tensions au sein des troupes.

Pendant ce temps, l’insécurité en Haïti ne cesse de s’aggraver. La coalition « Viv Ansanm » poursuit ses exactions sous les yeux des forces kényanes, restées inactives. Le kidnapping a repris de plus belle, et des zones entières, comme Gressier, sont encore sous la coupe des gangs, tandis que la PNH lutte seule. À Léogâne, autre territoire menacé, aucune force kenyane n’est visible.

Des zones importantes comme Tabarre 27, Delmas 24 et Solino ont récemment été perdues au profit des gangs. Le 14 octobre dernier, à Torcel, un véhicule blindé transportant des membres de la MMAS a été incendié par le gang « Kraze Baryè », dirigé par Vitel’homme Innocent, recherché par les USA. Ce véhicule a dû être abandonné en raison d’une panne de moteur, une explication qui a suscité scepticisme et frustration chez la population.

Par ailleurs, les contributions promises par d’autres pays tardent à se concrétiser. Par exemple, les Bahamas, qui avaient promis d’envoyer 150 soldats, n’en ont finalement déployé que six, une situation qui soulève des questions sur la mobilisation réelle de la communauté internationale.

Deux massacres récents ont choqué le pays. Le 1er juillet 2024, plus d’une vingtaine de personnes ont été tuées à Gressier. Le 3 octobre, le gang « Gran Grif » a massacré 115 personnes à Pont-Sondé, dans le département de l’Artibonite. Malgré les promesses faites par le gouvernement après ce drame, aucune concrète n’est posée pour contrecarrer le gang « Gran Grif ».

En conclusion, l’arrivée des forces kényanes, porteuse de tant d’espoirs, s’est révélée être un échec. Les gangs armés continuent de gagner du terrain, aggravant encore la situation sécuritaire du pays, et laissant la population haïtienne dans un désespoir croissant.

Steve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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