Kenscoff : 164 morts et 71 enlèvements, le RNDDH accuse l’État d’avoir abandonné la population

Kenscoff : 164 morts et 71 enlèvements, le RNDDH accuse l’État d’avoir abandonné la population

Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) a publié, le 16 septembre 2026, un rapport accablant sur les massacres perpétrés à Kenscoff en juillet et en août 2026. L’organisation affirme que les attaques menées par des membres de la coalition armée Viv Ansanm ont fait au moins 164 morts, des dizaines de disparus, 71 personnes enlevées et plusieurs dizaines de blessés, tout en provoquant d’importantes destructions matérielles.

Au-delà du lourd bilan humain, le RNDDH met directement en cause les autorités chargées de la sécurité du pays. Dans le titre même de son rapport, l’organisation affirme que le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) a « livré la population haïtienne sans protection ni défense ». Selon ses conclusions, les massacres se sont produits dans un contexte marqué par l’affaiblissement progressif du dispositif sécuritaire mis en place à Kenscoff après les attaques de janvier 2025.

Le rapport souligne notamment le rappel d’agents de l’Unité tactique anti-gang (UTAG) et de la Brigade d’opération et d’intervention départementale (BOID), ainsi que le retrait progressif de plusieurs effectifs spécialisés déployés dans la commune. Le RNDDH affirme que ces décisions ont contribué à réduire considérablement les capacités de surveillance et de défense de Kenscoff. L’organisation indique que près de 60 % des effectifs affectés à la sécurité de la juridiction ont été retirés avant les attaques, créant ainsi plusieurs brèches exploitées par les groupes armés.

La première attaque a été enregistrée dans la nuit du 7 au 8 juillet 2026 dans la localité de Robin, où des hommes armés ont assassiné des habitants, incendié des maisons et attaqué le site d’accueil de déplacés Afè Nèg Combit (ANC). Plusieurs victimes ont été tuées par balles ou brûlées vives dans l’incendie du camp.

Plus d’un mois plus tard, dans la nuit du 23 au 24 août 2026, une nouvelle offensive a frappé plusieurs zones de Kenscoff, notamment Villier, Kafou Malè et Tèt Dlo. D’après le RNDDH, les assaillants ont tué des hommes, des femmes et des enfants, incendié des habitations, enlevé des civils et commis des violences sexuelles. L’organisation rapporte également que des personnes déplacées qui s’étaient réfugiées dans l’église L’Arche de la Nouvelle Alliance ont été prises pour cible lors de l’attaque.

Le rapport met aussi en lumière plusieurs signaux d’alerte qui auraient précédé le massacre d’août. Le commissariat de Kenscoff avait adressé, les 27 et 28 juillet 2026, des correspondances à sa hiérarchie afin de solliciter des véhicules blindés supplémentaires et un renforcement des capacités opérationnelles de la PNH, en raison des menaces persistantes et des informations faisant état d’une attaque imminente. Selon le RNDDH, aucune disposition sécuritaire supplémentaire n’a été prise pour empêcher l’assaut du 23 août.

L’enquête du RNDDH, réalisée auprès d’autorités locales, de policiers, de membres de la Brigade Communale de Kenscoff (BRICK), de victimes et de riverains, conclut que les massacres se sont déroulés dans un contexte de graves défaillances sécuritaires.

L’organisation recommande aux autorités de renforcer durablement la présence des forces de l’ordre dans la commune afin d’éviter la répétition de telles tragédies. Ces événements illustrent une nouvelle fois la dégradation persistante de la situation sécuritaire en Haïti, où les groupes armés continuent d’étendre leur influence dans plusieurs zones du pays.

Steeve Luc PIERRE

Image d’illustration : Jean Feguens Régala

GPL Media Libre

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