Le Jardin Botanique des Cayes détruit après un conflit foncier, 20 ans de patrimoine écologique anéantis

Le Jardin Botanique des Cayes détruit après un conflit foncier, 20 ans de patrimoine écologique anéantis

C’est une perte majeure pour le patrimoine naturel haïtien. Le Jardin Botanique des Cayes, référence en matière de conservation environnementale, d’éducation et de recherche scientifique, a été détruit après plus de deux décennies d’existence, dans un contexte de conflit foncier ayant mené à la fermeture forcée du site.

L’annonce, rendue publique par l’agronome William Cinéa, fondateur du jardin, a provoqué une onde de choc dans les milieux scientifiques, éducatifs et environnementaux. Selon les informations disponibles, une grande partie des collections de plantes natives et endémiques réunies au fil des années ont été coupées, transformées en charbon de bois, tandis que la réserve écologique a été ravagée et partiellement incendiée.

Créé sur un terrain loué à la famille Gérard, le Jardin Botanique des Cayes s’était imposé comme un espace unique en Haïti, accueillant élèves, universitaires, chercheurs et visiteurs venus découvrir la richesse floristique du pays. Pendant plus de vingt ans, le projet s’est développé dans un climat de collaboration avec les propriétaires du terrain.

Mais la situation aurait basculé à partir de 2017, lorsqu’un processus de vente du terrain, incluant l’espace occupé par le jardin, a été enclenché. Malgré des démarches entreprises auprès des autorités haïtiennes pour protéger le site, aucun accord n’a abouti. En 2025, un ultimatum de huit jours aurait été imposé pour évacuer les lieux, avant que l’accès au personnel ne soit interdit et que le jardin soit progressivement détruit.

Pour plusieurs observateurs, il ne s’agit pas simplement de la disparition d’un espace vert, mais d’un coup dur porté à un patrimoine scientifique et écologique national.

Profondément affecté, William Cinéa affirme cependant vouloir transformer cette tragédie en relance. Après plusieurs mois de silence, il dit revenir avec une volonté renouvelée de poursuivre la mission du jardin.

« Que la destruction du Jardin Botanique des Cayes devienne un stimulant pour créer un jardin botanique dans chaque département d’Haïti », plaide-t-il, en référence à l’article 256 de la Constitution.

La fermeture du site aura aussi un impact symbolique immédiat : pour la première fois en plus de vingt ans, le traditionnel rendez-vous du 1er mai avec le public n’aura pas lieu cette année.

Dans une tentative de mobiliser autour de l’avenir du projet, la direction du Jardin Botanique des Cayes annonce une conférence virtuelle le 28 avril autour du thème : « Le passé, le présent et le futur du Jardin Botanique des Cayes ».

Alors que les appels à l’intervention des autorités se multiplient, cette disparition relance le débat sur la protection du patrimoine naturel haïtien, souvent laissé vulnérable face aux conflits fonciers et au manque de politiques de conservation durables.

Steeve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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