Entre foi, identité et liberté : “Marie-Madeleine” de Gessica Généus à Cannes
Le long métrage « Marie-Madeleine », réalisé par la cinéaste haïtienne Gessica Généus, a été retenu ce mercredi 22 avril dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2026. Cette annonce marque une étape majeure dans la trajectoire internationale de la réalisatrice, confirmant l’ascension d’une voix singulière du cinéma haïtien.
Dans un message publié sur son compte X, la cinéaste a exprimé sa fierté : « Appelez-moi par son nom : Marie-Madeleine, sélection officielle du Festival de Cannes. À toute l’équipe MM : on l’a fait », a-t-elle écrit. Cette reconnaissance intervient cinq ans après la sélection de son film « Freda » dans la section « Un certain regard » en 2021.
Tourné en 2025 dans la commune de Jacmel, « Marie-Madeleine » plonge au cœur de tensions sociales et morales exacerbées par l’installation d’une église évangélique en face d’un bordel. Mais au-delà de cette trame, Gessica Généus revendique une œuvre profondément introspective et poétique.
« Mon film Marie-Madeleine déambule dans un labyrinthe de choix : exister pleinement dans sa vérité ou réfuter cette vérité en échange d’un prétendu confort, né du besoin d’être accepté », confie-t-elle dans sa note d’intention.
Au centre du récit, Marie-Madeleine, prostituée, noue une relation singulière avec Joseph, le fils du pasteur, contraint de dissimuler son homosexualité. La réalisatrice décrit cette rencontre comme un espace rare de respiration : « Après des années de rapports complexes et destructeurs avec les hommes qu’elle côtoie dans son métier, l’arrivée de ce jeune homme […] est pour elle comme un appel d’air frais, jamais humé jusqu’alors. Ils sont heureux de se retrouver dans le secret de cette intimité platonique, protégeant cet espace précieusement ».
À travers cette histoire, Généus explore les contradictions d’une société tiraillée entre normes religieuses et aspirations individuelles. Elle y insuffle également une dimension esthétique marquée par une porosité entre réel et imaginaire : « Dans mon film, le réel flirte avec le surréalisme ; les souvenirs tissent un lien avec le présent. Je cherche à faire exister des mondes qui, dans leur entrechoquement, l’espace d’un instant, font jaillir des moments de lumière, de douleur, de beauté et d’éternité », explique-t-elle.
Produit par SaNoSi Productions, le film met en vedette Penande Estimé et Jean-Baptiste Léonard. Ce projet s’inscrit dans une dynamique de reconnaissance amorcée en 2023, lorsque la réalisatrice a bénéficié de l’Aide du Centre national du cinéma dans le cadre de la résidence du Festival de Cannes.
Avec « Marie-Madeleine », Gessica Généus confirme son engagement à porter à l’écran des récits ancrés dans les réalités haïtiennes, tout en leur conférant une portée universelle. Sa sélection au Festival de Cannes 2026 vient ainsi consacrer une œuvre ambitieuse, à la croisée du social, de l’intime et du poétique, tout en renforçant la visibilité du cinéma haïtien sur la scène internationale.
Jean Daniel PIERRE
