Quand l’Etat recule, même Dessalines est profané

Ils tuent des paisibles citoyens, incendient des maisons à Jean-Denis, durant le week-end ; profitant de l’inaction, disons-mieux, du désengagement de l’État. Mercredi, ces bandits, pénétrant dans la commune de Dessalines, mettent en scène leur présence au pied de la statue de Jean-Jacques Dessalines. Une souillure. Une profanation. Une gifle à la mémoire de l’empereur, père de la nation. Agissant ainsi, ils tuent à la fois des vies et des symboles de la nation. À mesure que l’État s’absente, l’audace criminelle de ces malfrats ne cesse d’accroitre.
Une vidéo, tournée dans la soirée du 1er avril, cartonne sur les réseaux sociaux depuis tôt ce mercredi. Elle montre neuf jeunes garçons, membres des gangs Krache Dife et Kokorat San Ras, réunis au pied de la statue de du père de la nation Jean-Jacques Dessalines, à Marchand-Dessalines. L’un d’eux, le visage dissimulé, prend la parole, affirmant que leur groupe vient de pénétrer dans la commune. Le week-end écoulé, ces bandits ont semé la mort à Jean-Denis et dans les localités environnantes, tuant jusqu’à 70 membres de la population.
La scène n’est pas seulement glaçante. Elle est profondément obscène. Car, il ne s’agit pas simplement d’hommes lourdement armés, mais des criminels qui s’approprient cyniquement du symbole fondateur de la nation haïtienne, après avoir semé le deuil au sein de la population.
Dessalines s’était levé contre l’oppression, à Saint-Domingue. Alors qu’aujourd’hui en Haïti, ces va-nu-pieds, parmi d’autres, en sont l’incarnation. Au-delà d’une provocation, cette séquence vidéo révèle une autre réalité, plus dérangeante encore : celle de l’impuissance, ou comme mentionné plus haut, du désengagement de l’État haïtien.
Depuis des années, ces groupes armés opèrent dans l’Artibonite. Ils pillent, ils exécutent par dizaines et par centaines. Ils incendient des infrastructures de sécurité dont le commissariat de Marchand Dessalines en juillet 2025. Pourtant, aucune réponse durable, aucune stratégie cohérente pour les neutraliser.
Comment expliquer que ces hommes circulent encore librement, et surtout lourdement armés, organisés au point de produire et difuser des vidéos de propagande, dans un lieu symbolique du pays, après avoir commis leur carnage ?
Pendant ce temps, ceux qui exercent le pouvoir continuent de jouir des privilèges liés à leurs postes. Comme si gouverner un pays sous l’emprise d’une telle violence pouvait encore se faire sans rendre de comptes.
Pour sa part, la population, livrée à elle-même, est exposée aux massacres, aux déplacement forcés, et à la peur permanente.
Yelnats-96
