Transition en Haïti : ce que prévoit le nouveau Pacte national porté par Alix Didier Fils-Aimé

Transition en Haïti : ce que prévoit le nouveau Pacte national porté par Alix Didier Fils-Aimé

Depuis le 7 février 2026, date marquant la fin officielle du mandat du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), Haïti est entrée dans une nouvelle phase de sa gouvernance intérimaire. Face au bilan jugé insatisfaisant des 22 derniers mois, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé se retrouve désormais seul aux commandes, soutenu par un projet de « Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections » en cours de finalisation.

L’échéance du 7 février n’aura pas apporté les élections tant espérées, mais un nouveau basculement institutionnel. Après l’échec du CPT à rétablir la sécurité et à organiser des scrutins, l’exécutif se réorganise autour de la figure du Premier ministre. Selon un document exclusif intitulé « Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections », le pays s’apprête à entériner une transition dans la transition.

Le texte du Pacte, qui devrait être signé entre le Premier ministre, des organisations politiques et des représentants de la société civile, clarifie la nouvelle structure du pouvoir. L’article 2 stipule qu’à la fin du mandat du CPT, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé exerce désormais le pouvoir exécutif, s’appuyant sur l’esprit de l’article 28.1 du décret du 23 mai 2024.

Ce nouveau cadre donne les pleins pouvoirs au Conseil des Ministres, sous la présidence de M. Fils-Aimé, pour diriger la période intérimaire jusqu’à l’installation d’élus légitimes. Pour garantir une certaine transparence, le Pacte prévoit la formation d’un « Cabinet ministériel impartial et technique » (Article 4) et la mise en place d’un « Comité Consultatif » composé de personnalités de la société civile et du secteur privé. Ce comité aura pour mission d’accompagner le gouvernement sans toutefois interférer directement dans la gestion du pouvoir.

Le constat est sans appel : sans sécurité, aucun processus électoral n’est viable. Le Pacte National définit des objectifs précis pour le gouvernement de Fils-Aimé : Renforcement sécuritaire : Le gouvernement s’engage à redynamiser la PNH et les Forces Armées d’Haïti (FAd’H) afin de garantir la libre circulation et de sécuriser les axes routiers (Article 8).

Lutte contre les gangs : Le texte mentionne explicitement la mise en œuvre d’un protocole de coopération avec la Force de Répression des Gangs (FRG), conformément à la résolution 2793 du Conseil de Sécurité des Nations Unies.

Réforme constitutionnelle : Point saillant du document, l’article 13 ouvre la voie à des « changements dans la loi mère » pour améliorer la gouvernance, lesquels devront être ratifiés par la population lors du premier tour des prochaines élections.

La signature de ce pacte devrait, selon les informations disponibles, déclencher un remaniement ministériel majeur. Alix Didier Fils-Aimé a déjà précisé que les partis politiques ne dirigeraient pas les ministères régaliens (Justice, Sécurité, Finances), privilégiant des profils techniques et éthiques.

Toutefois, le défi reste immense. Le gouvernement doit non seulement rétablir l’autorité de l’État dans les zones contrôlées par les groupes armés, mais aussi regagner la confiance d’une population épuisée par des mois d’incertitude.

Depuis l’assassinat du président Jovenel Moïse, Haïti semble prisonnière d’un cycle de transitions successives, sans véritable sortie de crise. Le provisoire s’est progressivement imposé comme mode de gouvernance, au détriment de la légitimité démocratique. Après Ariel Henry, qui a dirigé le pays pendant plusieurs années avec des pouvoirs excédant largement ceux d’un Premier ministre classique, Alix Didier Fils-Aimé s’apprête à devenir le deuxième chef de gouvernement consécutif à endosser, de fait, le costume de chef d’État.

Cette situation, bien que justifiée par l’urgence sécuritaire et l’absence d’institutions élues, pose une question fondamentale : jusqu’où peut-on prolonger l’exception sans en faire une norme ? À force de transitions sans échéancier électoral crédible, l’État risque de s’enliser davantage, pendant que la population, déjà éprouvée, voit s’éloigner l’espoir d’un retour à l’ordre constitutionnel.

Le Pacte prévoit que ce pouvoir intérimaire restera en fonction jusqu’à l’installation d’un président élu, rendant alors le présent accord caduc. Reste à savoir si ce nouveau souffle politique suffira à sortir Haïti de l’impasse où le CPT l’avait laissée, ou s’il ne constituera qu’un épisode supplémentaire dans une transition devenue permanente.

Steeve Luc PIERRE

GPL Media Libre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *