Marfranc dans l’urgence : lettre à Fénis Alexandre
Camarade, l’on n’aura pas de temps pour les salutations d’usages. Je t’écris ce texte pour répondre à une urgence. L’urgence d’attirer ton attention sur la nécessité de prendre très au sérieux ce qu’on est en train vivre à Marfranc. Corruption. Médiocrité. Népotisme. Détournements de fonds publics, répressions, violences et persécutions politiques, assassinat. C’est le triste et affreux bilan d’un Cartel nommé par le défunt, l’inculpé, Jovenel Moise, depuis octobre 2020. Cela ne va pas te surprendre. Tu connaissais Jovenel en tout cas. Il a toujours nommé des nuls, des corrompus et même des assassins. C’était son genre.
Adam Dupré, Patricia Roland et Maxime Adrien ont dirigé pendant cinq ans. Aujourd’hui, personne ne peut citer une action posée par cette équipe, même une seule, dans l’intérêt de la commune. Pourtant, dans le vif, nous parlons d’une zone sans loisirs, sans soins de santé, sans écoles en qualité suffisante ni en nombre suffisant. J’ai même entendu dire que l’Ecole Normale d’Institutrice (ENI) devient une école de luxe en matière de prix. Peut-être que dans deux ans, il n’y aura plus de places pour les malheureux, les déshérités, les laissés-pour-compte. Il n’y aura plus d’école pour les plus vulnérables. En voilà une qui m’inquiète.
Nous parlons, camarade, d’une commune sans routes et sans infrastructures sanitaires. Ceux et celles qui n’ont pas de latrines font leurs besoins à même le sol. Marfranc n’a pas d’électricité ni bibliothèque – pas même un centre culturel ou encore moins, un terrain de jeux. Les services sociaux de bases sont totalement absents. Pourtant, il y a des recettes communales. Des allocations mensuelles du Ministère de l’Intérieur et des taxes à exploiter. Si des jeunes demandent des comptes. Ils sont diabolisés et menacés. Tu vois ? Il y a de la peur à Marfranc. Les pratiques démocratiques sont en danger de mort. Des maires de facto que la population n’a pas choisis – Des maires sans légitimité se font passer pour des Monarques.
Patricia, les gens disent qu’elle traite les membres de sa population avec mépris. Elle prend pour ennemi tout ce qui n’approuve pas la politique de son cartel nul et corrompu. Quant à Maxime, il a été mis en détention pour avoir maltraité injustement un citoyen. Le pouvoir à Marfranc, c’est l’arbitraire. C’est la loi du plus fort. Adam Dupré, le roi, lui, il ne connait ni lois, ni principes ni limites. Il utilise l’argent de la commune à des fins personnelles. Il exerce de la répression sur les jeunes qui essayent de demander des comptes de sa gestion. A ce moment précis, il est incarcéré pour son implication présumée dans l’assassinat d’un citoyen de la commune tué chez lui le 14 septembre 2025.
Mon vieux camarade, je t’écris pour te dire l’urgence de ma ville. On tire. On tue et on empêche la participation politique des citoyens. Les jeunes ont peur de s’exprimer parce qu’il y a certains qui se prennent pour des bourreaux. Il y a un homme et deux autres qui pratiquent la sorcellerie. Hier c’était un assassinat. Demain ce sera peut-être un kidnapping, une demande de rançon. Ne le souhaitons pas cousin, mais, ce sera peut-être un massacre, une fusillade ou de l’empoisonnement. Hier encore, c’était un candidat avec des miettes pour acheter les jeunes. Demain ce sera peut-être un autre avec des armes pour sa campagne électorale. Hier il était un CASEC nul et corrompu, comment pourrait-il devenir un vrai maire demain ?
Camarade, l’avenir politique de la commune incertain. Marfranc est pour l’instant un ballon en chute libre. En dépit de ces problèmes j’ai soulevés, un candidat organise des fêtes pour des élèves. Il les prend pour des projets. Des esprits précaires applaudissent. Il n’est pas seul. Il y en a un autre, sa seule proposition est un marathon en vue de construire un abattoir. Qui pis est, je vois des candidats qui prétendent avoir l’alternative. Pourtant leur plus grand projet est tristement un frontispice de «Bienvenu à Marfranc ». C’est même sidérant, camarade. Dirigeants nuls. Candidats nuls et gravement sans vision. Société civile mal informée. Marfranc est sur la pente.
Aucun projet communautaire. Aucune discussion autour d’un plan communal de développement. Aucune structure capable de rassembler les groupes sociaux autour d’un but commun. Aucune forme d’intelligence communale. Je sens une peur bleue cousin. Même les prétendus intellectuels qui s’appellent maître, professeur et leader de je ne sais quel nom, deviennent les plus fins adeptes de la médiocrité. Et cela ne gêne en rien les plus avisés.
Camarade! Camarade ! Si l’on n’agit pas maintenant et tout de suite, le cancer de la République de Port-au-Prince va détruire notre commune.
Adieu!
Jean Robert Bazile [JB]
