Retour du kidnapping en Haïti : la fausse accalmie éclate au grand jour
Il y a à peine quelques semaines, le conseiller président, Louis Gérald Gilles, se montrait triomphant. Dans une déclaration publique faite en juillet, il affirmait : « Nous sommes plus proches d’une solution qu’il y a 4, 5 ou même 2 ans. À l’époque, les cas de kidnapping étaient beaucoup plus fréquents. Aujourd’hui, on constate que les enlèvements ont presque disparu. Cela prouve qu’une bataille est en cours. »
Ce discours, tenu avec assurance, laissait croire que le gouvernement avait enfin pris le problème à bras-le-corps. Mais sur le terrain, la réalité raconte une toute autre histoire. Et comme souvent en Haïti, la vérité finit toujours par refaire surface.
La baisse apparente des enlèvements, ces derniers mois, n’était pas le fruit d’un travail de sécurisation de l’État. Il ne s’agissait pas d’un succès gouvernemental, mais plutôt d’un simple répit dans les activités criminelles. En réalité, les groupes armés étaient occupés ailleurs : à renforcer leur contrôle sur de nouveaux territoires.
Aujourd’hui, les kidnappeurs reviennent en force. Et ils frappent là où on les pensait affaiblis.
Le phénomène connaît une remontée inquiétante, et plusieurs quartiers de la capitale en font désormais les frais. Delmas, devenu un véritable bastion du kidnapping, est au cœur de cette reprise. Delmas 31, Delmas 33, Delmas 75, jusqu’à Kenscoff… toutes ces zones vivent désormais dans la peur, soumises à une violence brutale et imprévisible.
Et ce n’est pas tout. Désormais, les ravisseurs ne font plus de distinctions. Ils frappent dans les bars, les orphelinats, les rues, à toute heure du jour. Aucun espace n’est épargné. Aucun citoyen n’est à l’abri.
Déjà contraints de composer avec les balles perdues et les fusillades quotidiennes, les Haïtiens doivent maintenant se méfier d’un autre danger : être enlevés à tout moment, sans motif, sans raison, sans recours. Sortir de chez soi est devenu une prise de risque. Marcher dans la rue, aller au travail, ou même simplement faire ses courses : chaque geste du quotidien peut virer au drame.
Et quand la rentrée scolaire arrivera en septembre, comment les parents feront-ils pour déposer leurs enfants à l’école en toute sécurité ? Dans un pays où plus personne ne semble protéger la population, cette simple question devient un dilemme angoissant.
Jusqu’où ira-t-on ainsi ? Jusqu’à quand les citoyens de ce pays devront-ils vivre dans la terreur, pendant que les autorités se félicitent de victoires imaginaires ?
Ce retour du kidnapping confirme ce que beaucoup savaient déjà : l’État n’a rien résolu. Il n’a pas affronté les causes profondes de l’insécurité, ni démantelé les réseaux criminels. Il s’est contenté d’observer, parfois de nier, souvent de fuir ses responsabilités.
En voulant se vanter de résultats inexistants, Louis Gérald Gilles a montré à quel point le gouvernement est déconnecté de la réalité vécue par le peuple. Un peuple abandonné, livré à lui-même, forcé de survivre là où l’État a déserté.
Il est temps d’arrêter les discours creux et les illusions politiques. Ce que réclame aujourd’hui la population, ce n’est pas une bataille en coulisse ou un faux semblant de paix : c’est un gouvernement réellement protecteur, une autorité capable de garantir la sécurité de tous, sans exception.
Chaque jour qui passe sans réponse est un jour de trop. Chaque vie kidnappée est un rappel cruel de l’absence de l’État. Et chaque silence officiel est une complicité de plus dans ce drame collectif.
La question n’est plus de savoir si le kidnapping est de retour. La vraie question est : jusqu’à quand allons-nous encore tolérer l’inacceptable ?
