Réginald Boulos ou la chute d’un géant multiface

Réginald Boulos ou la chute d’un géant multiface

Pierre Réginald Boulos est un prisonnier. L’homme d’affaires influent qui domine l’économie et la politique haïtiennes, retranché aux États-Unis depuis quelque temps, est devenu, depuis le weekend écoulé, « n’importe qui ». Quasiment n’importe qui, disons mieux, compte tenu du rôle complexe et controversé que joue l’argent en matière de justice américaine, notamment dans les mécanismes de libération sous caution et les frais de justice. Du pognon, la famille Boulos en a plein.

Donc, tout peut arriver. Bref ! En attendant de comparaître devant le juge Jorge Pereira, le 31 juillet 2025, le médecin détenteur d’un master en santé publique (Université Tulane, Nouvelle-Orléans) passe ses jours et ses nuits au centre de détention de Krome. Passage de la lumière à l’ombre. Égratignure sociale. Véritable chute !

Arrêté le jeudi 17 juillet 2025, il a fallu attendre plus de 72 heures, soit le lundi 21 juillet 2025, pour que l’agence américaine de l’immigration et des douanes (ICE) communique sur ce dossier épineux qui a secoué les secteurs économiques et politiques en Haïti, jusqu’à être assimilé à un potentiel basculement d’un système opaque qui, depuis des décennies, étend son emprise sur le pays. « Le Département d’État a estimé que la présence ou les activités de Boulos aux États-Unis pourraient avoir de graves conséquences négatives sur la politique étrangère américaine, justifiant ainsi une procédure d’expulsion. Plus précisément, les autorités ont déterminé qu’il avait mené une campagne de violences et de soutien aux gangs, contribuant à la déstabilisation d’Haïti.

En outre, lors de sa demande de résidence permanente, il avait omis de mentionner sa participation à la création d’un parti politique en Haïti, le Mouvement pour la Transformation et la Valorisation d’Haïti. Il avait également fait l’objet d’un renvoi pour poursuites par l’Unité de Lutte Contre la Corruption (ULCC) du gouvernement haïtien pour utilisation abusive de prêts, ce qui constitue une base supplémentaire d’expulsion pour fraude », explique ICE qui coupe court à certaines rumeurs accréditées dans cette affaire, notamment l’implication présumée du patron de Delimart et d’AutoPlaza S.A dans l’assassinat du président Jovenel Moïse. En fait, le nom de l’ancien candidat à la présidence annoncé en 2021 sous la bannière du MTVAyiti n’est pas cité dans le magnicide du 7 juillet 2021. Du moins… pas pour le moment.

Né à New York (Etats-Unis) et âgé de 69 ans, Pierre Réginald Boulos est souvent rangé, à tort ou à raison, parmi ces ‘’bourgeois’’ dont ont dit d’eux des faiseurs de criminels manipulables. C’est un faiseur de rois. Un marionnettiste au bras long. Un Hercule de la politique et de l’économie. « Rien ne se fait en politique sans l’approbation ou la désapprobation de Réginald Boulos », lançait lors d’une interview radiophonique un ancien Sénateur de la République. En guerre contre un Jovenel Moïse très décrié à la fin de son mandat, l’entrepreneur omnipotent s’était converti en un véritable marchand de rêves, par la création du Mouvement de la troisième voie.

Des jeunes en quête d’espoirs ou en mal d’être, des artistes et écrivains en panne de reconnaissance ou de valorisation sociale, des petites gens sans nom et sans histoire…, une flopée de citoyens et citoyennes de bonne volonté et/ou opportunistes se sont embarqués dans ce qui s’apparentait à l’époque à un beau projet politique auquel le socle économique ne fait pas défaut. En Dr. Boulos, certains, les plus naïfs surtout, voyaient la réalisation du vieux rêve du baron Louis, ancien ministre des finances français qui eut à dire un jour : « Faites-moi de bonnes politiques et je vous ferai de bonnes finances ».

Alors qu’il danse et roule sur l’or, le patron du Boulos Investment Group ne manque jamais de revendiquer une quelconque appartenance à la plèbe. C’était une bonne raison d’y croire. La politique autorise tous les coups, dit-on. Exitus acta probat, enseigne Machiavel.

On se le rappelle, Réginald Boulos, magnat de l’économie, a dominé la scène politique en arpentant quasi quotidiennement les médias, jusqu’à éclipser Jovenel Moïse qui, contre cet opposant coriace et autres fossoyeurs de son pouvoir, s’obligeait à se métamorphoser en Apredye pour tenter de donner une réponse équivalente aux assauts répétés dont il fut la cible. Pot de terre contre pot de fer, l’enfant dédaigné du PHTK a été sacrifié à Pèlerin 5 à son domicile.

Surprise, comme si le destin de JoMo et celui de MTVAyiti étaient liés, ce Mouvement qui se voulait un véritable réservoir à belles promesses s’est lentement effacé après le choc du 7 juillet 2021. Et Boulos signe l’acte de décès de ce Mouvement en août 2022, en annonçant son retrait de sa présidence pour… ennuis de santé. Depuis, c’est l’encéphalogramme plat, Boulos fait le mort aux États-Unis avec ses yeux rivés, à n’en pas douter, sur ses grandes fortunes implantées dans une Haïti où la vie des hommes et l’existence des choses sont destinées aux flammes. 18 juillet 2025.

Le nom de Réginald Boulos ressurgit dans l’actualité avec fracas, mais sans éclat, sans lumière, sans auréole politique. On parle d’un homme d’affaires influent réduit en simple citoyen détenu aux États-Unis pour irrégularités décelées dans son dossier d’immigration et menacé d’expulsion. Rumeurs. Doutes. Vérité. Réginald Boulos s’est bel et bien fait prisonnier en Floride. Il y a plus. 21 juillet 2025. ICE informe que l’entrepreneur à grand succès est aussi Patron de la coalition « Viv ansanm ». Secret de polichinelle, disent certains.

Si l’Oncle Sam le dit c’est vrai, commentent d’autres. Comme le nom des Brandt en 2012 avec l’arrestation de Clifford pour Kidnapping, celui de la grande famille Boulos est aujourd’hui voué aux gémonies. D’autres patronymes non moins prestigieux s’ajouteront sur la liste des « déstabilisateurs d’Haïti » et seront punis par les États-Unis, jurent ceux qui se vantent d’être dotés de lucidité historique et d’un sens aigu des détails pour se passer de boule de cristal quand il s’agit de connaître la vérité sur les racines de la misère, de l’instabilité, du sous-développement qui font la mauvaise réputation de la première République noire.

On croise les doigts… En tout cas, en attendant le verdict du 31 juillet 2025, date de la comparution du Dr. devant le juge Jorge Pereira, la saga boulosienne confirme une chose que le sage répète à souhait : « Il est plus facile d’arriver aux sommets que de s’y maintenir ».

GeorGes ALLEN

GPL Media Libre

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