Révocation du TPS: l’hypocrisie des USA, le silence complice des dirigeants haïtiens

Révocation du TPS: l’hypocrisie des USA, le silence complice des dirigeants haïtiens

La décision des autorités américaines de révoquer le Statut de Protection Temporaire (TPS) pour les Haïtiens vivant aux États-Unis est une attaque directe contre la dignité d’un peuple déjà brisé par l’insécurité, le chaos politique et la misère.

Ce qui choque encore plus, c’est la justification donnée par le gouvernement américain : selon Washington, la situation en Haïti se serait améliorée, et les Haïtiens peuvent donc retourner chez eux. Mais de quelle amélioration parle-t-on ? Quel pays les autorités américaines regardent-elles ? Certainement pas l’Haïti réel, celui que nous vivons au quotidien.

L’Haïti d’aujourd’hui est un champ de ruines sociales et sécuritaires. Port-au-Prince est en partie contrôlée par des gangs lourdement armés, les écoles ferment, les hôpitaux manquent de tout, les tribunaux sont paralysés, et plus d’un million de personnes sont déplacées internes. Même la capitale n’est plus accessible sans risquer sa vie.

Pourtant, les autorités américaines osent déclarer que les bénéficiaires du TPS peuvent rentrer dans ce chaos.

Pire encore : c’est ce même gouvernement américain qui interdit à ses propres citoyens de se rendre en Haïti et qui demande à ceux qui s’y trouvent de quitter immédiatement le territoire à cause des violences extrêmes et de l’insécurité généralisée. Ce sont leurs propres mots : les gangs qui contrôlent une grande partie du pays sont qualifiés de terroristes. Alors, encore une fois : qu’est-ce qui s’est amélioré ? La réponse est claire : rien.

Ceux qui nous oppriment aujourd’hui, ce sont souvent les mêmes que Washington a soutenus, financés ou imposés au pouvoir. Qui a fermé les yeux pendant que le pays s’enfonçait ? Qui a permis à des politiciens sans légitimité de diriger sans contrôle ? Qui a refusé d’écouter la voix du peuple haïtien ?

Les États-Unis. Ce même pays qui aujourd’hui prétend que tout va mieux et qui prépare la déportation de milliers d’Haïtiens vulnérables.

Les bénéficiaires du TPS vivent aux États-Unis depuis plusieurs années. Leur maison n’existe peut-être plus, leur quartier est devenu une zone de non-droit, et leur famille a fui.

En Haïti aujourd’hui, il n’y a pas de refuge, pas de stabilité, pas de services publics. Et pourtant, on leur dit de « rentrer chez eux ».

Mais rentrer où ? À Martissant, zone contrôlée par des gangs ? À Croix-des-Bouquets, devenue une ville fantôme ? Gréssier ? Kenskoff ? Mirebalais ? Savien ? La Chapelle ? Par l’aéroport qui ferme régulièrement ? Les Haïtiens seront livrés à eux-mêmes, à la merci des bandits et de la misère.

Face à cette décision cruelle, où sont les dirigeants haïtiens ? Ont-ils publié un communiqué ? Ont-ils protesté ? Ont-ils demandé un moratoire ou une réévaluation ? Non. Silence total. Comme d’habitude.

Ces dirigeants qui se disent au service du peuple ne lèvent pas le petit doigt pour défendre leurs compatriotes humiliés et rejetés. Ils laissent les puissants nous cracher au visage. Ils ne sont pas seulement incompétents : ils sont complices.

Le peuple haïtien est fatigué, mais pas vaincu. Nous avons survécu à l’esclavage, à l’occupation, aux cyclones et aux trahisons. Ce que nous vivons aujourd’hui est une nouvelle humiliation, mais notre histoire est faite de résistance.

À la communauté internationale qui nous méprise : nous n’oublions pas. À nos dirigeants qui nous trahissent : honte à vous. Et à nos frères et sœurs de la diaspora : sachez que nous savons ce que vous vivez, et que vous n’êtes pas seuls.

Steeve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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