Canapé-Vert : un territoire en rupture avec l’État ?

Canapé-Vert : un territoire en rupture avec l’État ?

Quartier populaire de Port-au-Prince, Canapé-Vert est devenu l’épicentre d’un bras de fer inédit entre un mouvement citoyen armé et un État silencieux. À la tête de ce mouvement, un ancien policier aujourd’hui reconverti en militant révolutionnaire, a publiquement déclaré que les autorités haïtiennes n’étaient plus les bienvenues dans la zone. Une déclaration forte, qui a vite enflammé les réseaux sociaux et les conversations dans la capitale.

Mercredi 16 avril, une manifestation prévue pour dénoncer l’insécurité, la corruption et la crise humanitaire a été annulée à la dernière minute. Le chef de la brigade affirme que le pouvoir en place aurait mobilisé des individus pour infiltrer et saboter la mobilisation. Pour « éviter un bain de sang », il a préféré reculer, sans pour autant renoncer à la lutte. Cette posture renforce son aura auprès d’une population en quête de leadership alternatif.

Le silence du gouvernement, face à des accusations aussi graves et à une défiance aussi directe, interroge. Aucune autorité n’a démenti ni reconnu les faits, laissant planer une impression d’abandon. Canapé Vert semble se gérer désormais selon ses propres règles, hors du contrôle de l’administration centrale. Ce vide institutionnel alimente une montée de la frustration populaire, et surtout un sentiment de trahison.

Cette situation soulève une question centrale : assiste-t-on à l’émergence d’un nouveau pouvoir parallèle, prêt à prendre la relève d’un État absent ? Si la brigade se dit engagée dans une lutte pacifique, la présence visible d’armes autour de son leader fait planer le risque d’une dérive paramilitaire. Et dans un contexte haïtien déjà éclaté, chaque territoire qui échappe au contrôle de l’État renforce la fragmentation du pays.

Canapé Vert n’est peut-être pas encore un territoire officiellement perdu. Mais le symbole est puissant. Ce quartier reflète l’échec d’un pouvoir incapable d’écouter, de protéger et de représenter sa population. Si rien ne change, d’autres zones pourraient suivre, poussées par la même colère, la même peur et le même besoin d’exister autrement.

Jean Daniel PIERRE

Image d’illustration : NOVAVOX, Infos Partage

GPL Media Libre

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