Une task force créée, mais pour combien de temps ?
Tiraillée par la violence, les crises politiques répétées et la pauvreté, la société haïtienne projette une image apocalyptique : tous les indicateurs sont au rouge, l’espoir étant ainsi sur le point de mourir. Des criminels armés ont assiégé la région métropolitaine de Port-au-Prince et une partie du département de l’Artibonite depuis tantôt cinq ans.
Au cours du mois de février, Haïti a franchi la barre d’un million de déplacés, selon l’OIM, suite aux assauts de la coalition “Viv ansanm” contre des zones comme Ravine Pintade, Poupelard, Kenscoff, Delmas 19 et Delmas 30. Face à la montée vertigineuse de la violence, le gouvernement annonce avoir créé une task force pour en finir avec ce phénomène.
Au bout de 48 heures, grâce à cette task force, à en croire le premier ministre Alix Didier Fils Aimé, plusieurs unités de la police nationale sont parties remplir une mission, celle de mettre à quia les criminels, notamment ceux qui sont sous les ordres du puissant criminel, l’ancien policier Jimmy Chérizier alias Barbecue, dont la tête est aussi réclamée.
Si certains membres de la population doutent de la volonté réelle des dirigeants de résoudre le problème d’insécurité qui a déjà fait trop de victimes, d’autres pensent qu’il s’agit d’un pas dans la bonne direction, pourvu que cela ne vise pas uniquement à créer une scène dont le but est de tirer politiquement l’épingle du jeu.
Pourquoi un CSPN sans le directeur de la police nationale ?
Le 28 février s’est tenu un Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN). Objectif : discuter de la situation sécuritaire du pays. Le paradoxe, c’est la grande absence du Directeur général a.i de la PNH, Normil Rameau. Par quoi est expliquée cette absence ? “Une céphalée dont souffrait M. Normil”, répond Alix Didier Fils Aimé, lors d’un entretien accordé au journal Le Nouvelliste. Pourtant, entre le chef de la Primature et celui de la Police, les violons semblent ne pas s’accorder.
Déjà, suite au massacre orchestré entre le 27 et le 28 janvier dernier par des bandits à Kenscoff, au cours duquel plus de 139 personnes, dont un bébé jeté dans les flammes, ont perdu la vie selon le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), Alix Didier Fils Aimé, pourtant chef du CSPN, a déclaré que “les autorités” avaient été informées du plan des gangs d’annexer la commune de Kenscoff. L’homme d’affaires, dans ses déclarations, voulait tenir pour responsable le DG de la PNH, dont certains membres du CPT réclament la démission.
Une Task Force créée par le gouvernement et le CPT, mais pour combien de temps ?
Malgré l’arrivée des policiers kényans en Haïti le 25 juin 2024 dans le cadre de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS), la situation ne s’est pas améliorée. De nouveaux matériels livrés. Des changements opérés au sein de la police haïtienne : rien. Au contraire, les bandits étendent leur contrôle en tuant et en chassant des membres de la population civile.
Les dernières attaques contre Delmas ont fait de nombreuses victimes, parmi lesquelles un proche d’un conseiller-président, à savoir Emmanuel Vertilaire, rapporte Le Nouvelliste. Le représentant du parti Pitit Dessalines, furieux, est monté au créneau pour critiquer le laxisme de certains de ses pairs face à l’insécurité.
C’est dans ce contexte qu’à travers leur compte X, Emmanuel Vertilaire et Alix Didier Fils Aimé ont annoncé la formation d’une force opérationnelle, composée des unités spécialisées de la police avec pour objectif de freiner l’action des gangs. Vu le conflit qui ronge le CPT, la Primature et la PNH, la question suivante s’impose : pour combien de temps cette task force ? Il n’est que d’attendre.
Wesker Sylvain
