Expulsions massives sous Biden : des chiffres inégalés malgré des programmes humanitaires
Les autorités américaines ont récemment publié des chiffres stupéfiants sur les expulsions de migrants pour l’année fiscale 2024, couvrant la période d’octobre 2023 à septembre 2024. Plus de 270 000 migrants ont été expulsés, un niveau record depuis une décennie, dépassant même le plus haut chiffre enregistré sous la présidence de Donald Trump en 2019, soit 267 258 expulsions. Ces données marquent une intensification sans précédent des politiques migratoires sous l’administration Biden.
Paradoxalement, malgré ces chiffres record, l’administration Biden a mis en place de nombreux programmes visant à faciliter l’entrée légale sur le territoire américain. Parmi ces initiatives figurent le programme « Parole humanitaire », qui permet à des ressortissants de pays en crise, comme Haïti, le Venezuela ou Cuba, d’obtenir un statut temporaire pour entrer aux États-Unis, ainsi que l’élargissement de certaines voies légales de migration.
Ces mesures visaient à répondre à des besoins humanitaires tout en réduisant la pression sur la frontière sud. Cependant, ces efforts n’ont pas empêché les expulsions de grimper à des niveaux records, traduisant une politique migratoire complexe mêlant ouverture et fermeté.
Cette hausse vertigineuse des expulsions s’explique par plusieurs facteurs. D’une part, l’administration Biden a renforcé les contrôles à la frontière en réponse à une augmentation des traversées illégales. Environ 82 % des expulsés avaient été arrêtés par les agents de la protection des frontières, tandis qu’un tiers des migrants étaient déjà connus pour des activités criminelles.
D’autre part, l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) a intensifié ses efforts diplomatiques pour convaincre divers pays d’accepter leurs ressortissants expulsés. Ainsi, le nombre de vols d’expulsion a considérablement augmenté, y compris vers des destinations rarement sollicitées comme la Chine, l’Albanie, l’Égypte ou encore l’Ouzbékistan.
En outre, cette intensification des expulsions s’inscrit dans une stratégie globale facilitée par de nouveaux partenariats internationaux. En effet, des pays comme le Mexique, le Guatemala et le Honduras continuent de recevoir la majorité des expulsés, avec respectivement 87 298, 66 435 et 45 923 personnes renvoyées. Ces pays sont privilégiés, car ils acceptent plus facilement leurs citoyens et permettent une logistique simplifiée pour les autorités américaines.
Cependant, il est frappant de constater que l’administration Biden a surpassé en une seule année les chiffres annuels de Donald Trump, pourtant réputé pour sa politique migratoire stricte. Alors que le plus haut chiffre enregistré sous Trump était de 267 258 expulsions en 2019, Biden a dépassé ce seuil avec 271 484 expulsions. Ce constat est d’autant plus significatif que, sur l’ensemble de son premier mandat, Trump a procédé à moins d’expulsions annuelles que Biden en 2024.
En parallèle, l’arrivée imminente de Donald Trump à la Maison-Blanche, prévue pour janvier 2025, renforce les inquiétudes parmi les migrants. En effet, Trump a déjà annoncé son intention de lancer « la plus grande opération d’expulsion de l’histoire américaine ». Ses plans incluent le ciblage des immigrants sans papiers, en particulier ceux ayant des antécédents criminels, ainsi que l’expansion des capacités de détention.
De plus, il envisage le recours à l’armée pour accélérer les déportations, ce qui provoque une vive anxiété, notamment chez les bénéficiaires du programme « Parole », dont de nombreux Haïtiens. Ces derniers craignent de voir leur statut révoqué, ce qui les met dans une situation d’extrême précarité.
Malgré ces chiffres records, l’ICE fait face à des contraintes majeures. Avec seulement 6 000 agents, son personnel n’a pas augmenté depuis une décennie, alors que sa charge de travail a quadruplé pour atteindre 7,6 millions de personnes en surveillance en 2024. En outre, bien que les arrestations à la frontière sud aient diminué de 80 % depuis le pic de décembre 2023, les opérations d’expulsions massives représentent un défi logistique important.
Alors que Biden clôture son mandat sur un bilan migratoire contrasté, il est clair que les initiatives d’ouverture n’ont pas suffi à atténuer la sévérité des expulsions. Avec 271 484 expulsions en 2024, l’ampleur du défi migratoire est indéniable. Néanmoins, les plans annoncés par Trump promettent des bouleversements encore plus drastiques.
Pour les communautés comme les Haïtiens bénéficiant du programme « Parole », l’avenir est plus incertain que jamais. Entre records d’expulsions et promesses de répression, la migration demeure au cœur des débats politiques aux États-Unis.
Steeve Luc PIERRE
