Transferts d’argent en Haïti : un chemin semé d’embûches et de corruption
En Haïti, la diaspora constitue l’un des piliers économiques les plus importants, envoyant régulièrement de l’argent pour soutenir les familles restées au pays. Pourtant, ce soutien vital est entaché par un racket organisé au sein des maisons de transfert. Attentes interminables, pratiques corrompues et détournements sont devenus monnaie courante, plongeant encore plus les bénéficiaires dans la misère.
Les Haïtiens vivant à l’étranger sacrifient leurs journées, travaillant parfois de longues heures sous des conditions difficiles, tout cela pour envoyer un peu d’argent à leurs proches en Haïti. Ces fonds sont souvent le dernier espoir pour des familles qui peinent à s’en sortir dans un pays où l’économie s’effondre. Mais une fois l’argent arrivé à destination, un autre calvaire attend les bénéficiaires.
Dans les maisons de transfert, la scène est toujours la même : des dizaines de personnes, souvent des mères, des pères, des jeunes, se massent devant les portes fermées dès l’aube, espérant pouvoir retirer le peu d’argent envoyé par leurs proches. Sous un soleil de plomb, ils attendent l’ouverture des bureaux, prévue pour 8h. Pourtant, les employés arrivent avec une bonne heure et demie de retard, ne commençant à servir les clients que vers 10h. Pendant ce temps, la foule s’impatiente, les visages marqués par la fatigue et l’inquiétude.
Et ce n’est pas tout. Être le premier arrivé ne garantit pas d’être servi en premier. Les employés, en connivence avec les agents de sécurité, établissent un système de favoritisme. Ceux qui n’ont pas « d’amis » à l’intérieur ou qui ne peuvent pas glisser quelques billets à l’agent de sécurité sont laissés pour compte. Ce dernier peut exiger des pots-de-vin allant jusqu’à 750 gourdes pour faciliter l’accès aux fonds. Par exemple, pour un transfert de 100 USD, il est courant de payer entre 500 et 750 gourdes pour obtenir rapidement l’argent. Si vous refusez de payer, il vous faudra encore patienter, parfois pendant des heures. Ceux qui cèdent à la corruption, eux, passent rapidement après avoir fourni leurs informations personnelles par WhatsApp. Le racket ne s’arrête pas là : plus le montant du transfert est élevé, plus la somme extorquée l’est aussi.
Dans cette course contre la montre, chaque seconde compte. Des familles entières dépendent de cet argent pour manger, payer des frais de scolarité ou se soigner. Mais souvent, ces fonds ne suffisent pas à couvrir les besoins essentiels, et les bénéficiaires ne peuvent pas se permettre de payer des pots-de-vin. Pourtant, ils se retrouvent pris au piège : payer ou continuer à souffrir.
La situation empire encore lorsque les maisons de transfert annoncent brutalement la fermeture des bureaux, faute de liquidités. Ces scènes sont fréquentes : des gens, épuisés après des heures d’attente, repartent chez eux les mains vides. Des heures de patience et d’espoir anéantis par une simple phrase, « nou pa gen kòb pou jodi a » (nous n’avons pas d’argent aujourd’hui). Pourtant, pour ces familles, cet argent est une question de survie.
Ce système abusif et désorganisé, dans lequel même les maisons de transfert, censées apporter une solution, deviennent des lieux de racket, ne fait qu’ajouter à la souffrance quotidienne. Les Haïtiens sont pris au piège, contraints de survivre dans un pays où la misère se conjugue à tous les temps, où la moindre lueur d’espoir est écrasée par la réalité implacable de la corruption.
Le peuple haïtien en a assez. Il est temps que les autorités prennent leurs responsabilités et mettent un terme à ces pratiques dégradantes qui ajoutent encore plus de poids sur les épaules d’un peuple déjà accablé. Il ne s’agit pas seulement d’une question économique, mais d’une question de dignité humaine. À quand la fin de cette misère qui s’immisce dans chaque aspect de la vie quotidienne des Haïtiens ?
Steve Luc Pierre
