« C’est politique »: Mario Andresol brise le silence sur le blocage de la nationale # 2
La situation de blocage persistante de la route nationale numéro 2, reliant la capitale au Grand Sud, continue de susciter inquiétudes et interrogations. Lors d’une visite le dimanche 5 avril à la base militaire d’Anacaona, située entre les communes de Gressier et Léogane, le ministre de la Défense, Mario Andrésol, a lâché une déclaration lourde de sens au micro du média Léôganais Elatriye : « Le blocage de la route de Gressier est politique ».
Depuis plusieurs années, cet axe routier stratégique reliant Port-au-Prince aux départements de la Grand’Anse, des Nippes, du Sud-Est et d’une partie de l’Ouest est pratiquement paralysé. Une situation qui entraîne des conséquences directes sur la vie économique et sociale de ces régions, désormais en grande partie déconnectées de la capitale. Le coût de la vie a considérablement augmenté, tandis que les circuits d’approvisionnement sont devenus précaires et irréguliers.
Dans ce contexte, certains opérateurs privés ont su tirer profit de la crise. Des propriétaires de bâtiments et transporteurs dominent désormais le marché, assurant l’acheminement de produits essentiels tels que le carburant, les matériaux de construction et les denrées alimentaires, à des coûts souvent exorbitants.
Paradoxalement, dans d’autres zones du pays pourtant sous l’emprise de groupes armés, la circulation reste possible moyennant le paiement de péages illégaux. C’est notamment le cas de Mirebalais et des routes nationales reliant Port-au-Prince au Grand Nord, où les véhicules continuent de circuler malgré la présence de gangs.
Les propos du ministre Andrésol semblent ainsi donner un écho officiel à certaines accusations relayées depuis des mois par des groupes armés opérant à l’entrée sud du pays. Ces derniers affirment que le blocage de la route entre Gressier et Léogâne serait orchestré non seulement par des acteurs armés, mais également par de puissants intérêts économiques et politiques.
Cette déclaration intervient à l’occasion d’une visite d’évaluation effectuée le dimanche 5 avril 2026 à la base militaire « Anacaona », située entre Gressier et Léogâne. Le ministre, accompagné de hauts gradés des Forces armées d’Haïti, s’y est rendu en hélicoptère, illustrant les difficultés d’accès à cette zone pourtant cruciale.
Selon le communiqué du ministère de la Défense, cette visite s’inscrit dans le cadre des préparatifs pour le lancement d’une nouvelle classe d’enrôlés au sein des Forces armées d’Haïti. Sous la supervision du commandant de la base, le major Fritz Charlotin, le ministre a inspecté les principales infrastructures, dont les dortoirs, l’infirmerie et les salles de formation.
À l’issue de cette mission, Mario Andrésol a réaffirmé la volonté du gouvernement de réhabiliter rapidement les installations militaires, dans l’objectif de renforcer les capacités opérationnelles des Forces armées et d’améliorer les conditions de formation des nouvelles recrues.
Toutefois, au-delà des enjeux militaires, ses déclarations sur le caractère « politique » du blocage de la route de Gressier risquent de raviver le débat sur les véritables causes de l’insécurité et du dysfonctionnement des axes routiers en Haïti. Une prise de position qui pourrait également accentuer la pression sur les autorités pour rétablir la libre circulation vers le Grand Sud, essentielle à la survie économique de ces territoires déjà fragilisés.
Jean Daniel PIERRE
