Opérations de la PNH au centre-ville : victoire tactique ou coup d’épée dans l’eau ?

Opérations de la PNH au centre-ville : victoire tactique ou coup d’épée dans l’eau ?

Alors que la Direction de Communication de la Police Nationale d’Haïti (DICOP) met en avant le succès des récentes offensives contre les groupes armés au centre-ville, la réalité sur le terrain apparaît plus nuancée, entre avancées visibles, tensions persistantes et profond malaise au sein de la population.

Des avancées visibles, mais un lourd tribut pour les civils

Ces derniers jours, la Police Nationale d’Haïti (PNH) a mené plusieurs opérations visant à reprendre le contrôle d’axes stratégiques longtemps dominés par des gangs, notamment à Fort Saint-Clair, à la rue Oswald Durand et sur le boulevard Jean-Jacques Dessalines.

Des engins lourds ont été mobilisés pour démanteler des barricades et dégager les voies publiques. Sur place, des résidents confirment des avancées concrètes : certaines maisons utilisées comme bases par les groupes armés ont été détruites, perturbant temporairement leurs activités.

Mais ces interventions ne sont pas sans conséquences. Plusieurs habitants évoquent des dommages collatéraux importants, incluant des habitations endommagées, pertes en vies humaines du côté de la population civile, des déplacements forcés et une aggravation des conditions de vie dans des quartiers déjà fragiles. Pris entre les opérations policières et les représailles des groupes armés, des civils se retrouvent exposés et vulnérables.

Malgré ces efforts, la situation sécuritaire reste préoccupante. Des individus armés continuent d’occuper certaines zones stratégiques, notamment à Fort Saint-Clair et sur la rue Magasins de l’État. Le système de péage imposé par les gangs est toujours en place, obligeant les conducteurs à payer pour circuler, signe que l’autorité de l’État demeure partielle.

Le défi de la consolidation

Au-delà des opérations, c’est la question de la durabilité qui se pose. Plusieurs observateurs dénoncent un schéma récurrent : les forces de l’ordre interviennent, repoussent les groupes armés, procèdent au nettoyage, puis se retirent, laissant un vide rapidement exploité par les gangs.

Ce cycle, souvent décrit comme un «syndrome de l’élastique», alimente l’instabilité et accentue les souffrances des populations locales, régulièrement prises entre deux feux.

Si la volonté affichée par la PNH de poursuivre les offensives constitue un signal encourageant, la réussite de cette stratégie dépendra surtout de sa capacité à maintenir une présence constante dans les zones reconquises et à démanteler durablement les terroristes.

À défaut, ces opérations risquent de rester des victoires tactiques sans véritable impact sur le quotidien des habitants.

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

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