À Bainet, un homme allume une flamme dans la jeunesse haïtienne

À Bainet, un homme allume une flamme dans la jeunesse haïtienne

Le dimanche 22 février 2025, dans une salle du lycée Jean Parisot et du lycée Julien Raymond de Bainet, quelque chose d’inhabituel se produit. Une cinquantaine de jeunes — autant de filles que de garçons — sont assis, attentifs, les yeux rivés sur un homme qui parle avec une conviction rare. Cet homme, c’est M. Jean-Jacques Nesly Pierre, Spécialiste en Développement, Entrepreneur, Citoyen engagé et Professeur d’Université. Et ce qu’il dit ce jour-là ne ressemble à aucun discours ordinaire. Ce qu’il dit, cela brûle. Cela touche. Cela reste.

La formation porte sur deux thèmes que la jeunesse haïtienne connaît souvent de nom, mais rarement de près : l’entrepreneuriat — l’art de créer, de construire et de développer une activité économique par ses propres moyens — et le leadership — la capacité à inspirer, à guider et à entraîner les autres vers un objectif commun. Deux disciplines que M. Jean-Jacques Nesly Pierre ne se contente pas d’enseigner. Il les incarne. Et c’est précisément ce qui fait la différence.

Avant même que l’essentiel commence, c’est M. Jean Micharot Paul qui prend la parole pour introduire la formation et en poser le contexte. Professeur d’Éducation à la citoyenneté, diplômé en communication française, certifié en prise de parole en public et étudiant en Sciences Économiquesà l’École de Droit et des Sciences Économiques de Jacmel (EDSEJ), cet homme né à Jacmel mais de famille bainétienne connaît mieux que quiconque les réalités de ce territoire. Sa mise en contexte est précise, ancrée dans le concret. Elle prépare l’assistance à recevoir ce qui suit avec la pleine mesure de son importance.

Car à Bainet, une telle formation n’a rien d’anodin. Il n’y a pas d’université dans cette commune. Les écoles professionnelles où l’on peut apprendre à entreprendre, à se former, à se projeter dans l’avenir sont rares, presque absentes. Les conférences, les ateliers, les espaces de réflexion collective que les jeunes de Port-au-Prince ou de Jacmel considèrent parfois comme ordinaires n’existent pas ici. Pour la jeunesse de Bainet, cette journée du 22 février 2025 est donc bien plus qu’une formation. C’est une fenêtre ouverte sur un monde de possibilités qu’on leur avait rarement montré.

C’est dans ce contexte que M. Jean-Jacques Nesly Pierre prend la parole. Et dès ses premiers mots, l’assistance comprend qu’elle n’a pas affaire à un conférencier venu réciter des théories dans un langage froid et distant. Elle a affaire à un homme qui pense, qui ressent, et qui parle de l’Haïti qu’il connaît — pas l’Haïti des discours officiels, mais l’Haïti réelle, avec ses contradictions, ses douleurs et sa beauté résistante.

Son intervention est une traversée. Il parle des spécialisations essentielles pour bâtir ce pays : le développement, l’administration publique — c’est-à-dire la gestion des affaires de l’État au service des citoyens — et la finance publique, qui concerne la façon dont un pays collecte et utilise ses ressources. Trois domaines dans lesquels il excelle et qu’il présente non comme des abstractionsacadémiques, mais comme des outils concrets au service du changement. Il critique avec une franchise désarmante les voies de facilité — ces raccourcis qui donnent l’illusion du succès sans en bâtir les fondements. Il compare la formation authentique à la vie paysanne la plus dure : ce n’est pas tracer une belle route sur une carte, c’est affronter le terrain, se lever à l’aube, endurer, persévérer et construire malgré tout.

Il parle aussi de ceux qui ont quitté Haïti, qui vivent en République Dominicaine ou ailleurs dans la diaspora — c’est-à-dire la communauté haïtienne établie à l’étranger. Il les interpelle directement : Quelle responsabilité portez-vous envers votre pays ? Quel rôle jouez-vous dans la construction de demain ? Pour M. Jean-Jacques Nesly Pierre, être haïtien n’est pas une condition subie. C’est un engagement choisi, assumé, revendiqué. Il dit aimer son pays « jusqu’au bout deses ongles et au plus profond de l’âme ». Et dans sa bouche, cette phrase ne sonne pas comme un slogan. Elle sonne comme une décision de vie.

Ce qui frappe dans son intervention, c’est l’équilibre rare entre la rigueur intellectuelle et l’accessibilité humaine. M. Jean-Jacques Nesly Pierre est un universitaire, un spécialiste formé, un professionnel aguerri par des années d’expérience dans l’administration publique et le développement. Mais il ne parle pas pour impressionner. Il parle pour atteindre. Il prend des exemples tirés du quotidien haïtien, il décrit des réalités que l’assistance reconnaît parce qu’elle les vit, il explique la sociologie haïtienne — c’est-à-dire les mécanismes sociaux qui façonnent nos comportements collectifs — dans un langage familier, sans jargon inutile.

La salle réagit. Les applaudissements sont chaleureux, spontanés, répétés. Les échanges entre le public et les formateurs sont vifs, animés, nourris. L’autre formateur présent, Gérald Prophète — classé parmi les dix jeunes les plus remarquables du département du Sud-Est et parmi les trente les plus influents de toute la République pour l’année 2025 selon l’Observatoire de la Jeunesse Haïtienne (OJH) — apporte sa propre contribution, enrichissant une journée déjà dense.

Mais c’est l’image de M. Jean-Jacques Nesly Pierre qui demeure. Debout devant ces jeunes de Bainet, dans cette commune que les grandes institutions oublient souvent, cet homme incarne quelque chose de précieux et de nécessaire : la preuve vivante qu’il est possible d’être compétent, engagé, exigeant envers soi-même et au service de sa communauté. Pas en attendant que les conditions soient parfaites. En agissant maintenant, là où on se trouve, avec ce qu’on a.

La jeunesse haïtienne a faim. Faim de modèles. Faim de savoirs. Faim d’espaces où elle peut réfléchir, grandir et se projeter. Ce 22 février 2025, à Bainet, M. Jean-Jacques Nesly Pierre lui a offert tout cela. Et une chose de plus, peut-être la plus précieuse : la conviction que l’avenir d’Haïti appartient à ceux qui décident, dès aujourd’hui, de le construire de leurs propres mains.

Jonathan Gédéon

GPL Media Libre

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