Rapport de la FJKL : le gouvernement haïtien signe des contrats de 50 ans et de plus de 6 milliards de dollars

Rapport de la FJKL : le gouvernement haïtien signe des contrats de 50 ans et de plus de 6 milliards de dollars

La Fondasyon Je Klere (FJKL) a publié un rapport critique dans lequel elle dénonce la signature de plusieurs contrats internationaux par le gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. Selon l’organisation de défense des droits humains, ces accords présentent des caractéristiques « léonines » et pourraient compromettre la souveraineté économique de l’État haïtien au profit de firmes étrangères.

Le point le plus marquant du rapport concerne une convention signée le 15 décembre 2025 avec la société Metric Facility S.A. pour une durée de 50 ans. Cet accord porte sur la conception, la construction et l’exploitation de trois centres pénitentiaires qui devraient être implantés à Morne Casse (Fort-Liberté), Pasquette (Jacmel) et Source-Matelas (Cabaret).

À titre de contexte, la zone de Source-Matelas est aujourd’hui largement sous l’influence de groupes armés, notamment celui dirigé par Johnson André, connu sous le surnom « Izo ». Cette situation sécuritaire soulève déjà des interrogations sur la faisabilité d’un tel projet dans cette localité.

Sur le plan financier, l’organisation avance des chiffres particulièrement élevés. Alors que le coût de construction des infrastructures est estimé à 85,47 millions de dollars américains, l’État haïtien garantirait les emprunts contractés par la firme. De plus, selon les termes évoqués dans le rapport, l’État s’engagerait à verser 22 dollars par détenu et par jour, avec un taux d’occupation minimal garanti de 75 %, même en l’absence d’un nombre suffisant de prisonniers.

Toujours d’après l’organisation, ce mécanisme pourrait conduire l’État haïtien à verser plus de 6 milliards de dollars sur l’ensemble de la durée de la concession, avant même de pouvoir envisager le rachat des infrastructures à un prix qui n’aurait pas encore été fixé.

Le rapport évoque également un autre contrat signé pour une période de dix ans avec la firme Evergreen System Limited dans le cadre de la modernisation des services douaniers.

Selon les informations publiées, cet accord prévoit un paiement initial de 13,6 millions de dollars pour la phase de mobilisation, auquel s’ajouterait une redevance équivalant à 3 % de la valeur totale des importations.

La FJKL attire aussi l’attention sur une clause dite de « redevance de performance » fixée à 20 % des recettes douanières dépassant un seuil de 458 millions de dollars. L’organisation estime cette disposition problématique, rappelant que les recettes douanières haïtiennes avoisinent déjà le milliard de dollars par an.

Dans son analyse, l’institution souligne par ailleurs que certaines missions prévues dans ce contrat auraient déjà bénéficié d’appuis techniques et financiers de partenaires internationaux, dont la Banque mondiale.

Le rapport se penche également sur un contrat de sécurité évalué à 52 millions de dollars signé avec la firme Windward Wyoming LLC (liée à Eric Prince).

Selon les données citées dans le document, environ 35,5 millions de dollars auraient été décaissés entre avril et novembre 2025. Malgré ces dépenses importantes, l’organisation estime que les résultats restent limités : l’aéroport international demeure partiellement paralysé, plusieurs routes nationales restent impraticables et aucun chef de gang majeur n’aurait été arrêté.

Dans ce contexte, la situation sécuritaire continue d’inquiéter les partenaires internationaux. Le 2 mars 2026, la Federal Aviation Administration (FAA) a prolongé jusqu’au 3 septembre 2026 les restrictions imposées aux vols dans l’espace aérien haïtien.

À travers un avis NOTAM, l’agence américaine maintient l’interdiction pour les opérateurs aériens américains d’évoluer en dessous de 9 999 pieds au-dessus du territoire haïtien, une mesure qui reflète la persistance des préoccupations sécuritaires.

En conclusion, la FJKL estime que ces différents contrats pourraient engager l’État haïtien dans des obligations financières particulièrement lourdes sur le long terme.

L’organisation affirme que les montants évoqués dans ces accords auraient pu permettre, selon ses estimations, de financer le salaire annuel de plus de 17 000 policiers ou soldats haïtiens.

Elle appelle ainsi les institutions de contrôle, les organes de lutte contre la corruption et les futures autorités parlementaires à examiner ces transactions afin d’en évaluer la conformité avec les intérêts de la République.

GPL Media Libre

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