Exploitation d’or à la frontière haïtiano-dominicaine : inquiétudes autour d’un projet minier près de Dajabón
L’exploitation potentielle d’un gisement d’or dans la province dominicaine de Dajabón, à quelques kilomètres de la frontière haïtienne, suscite de vives inquiétudes parmi des organisations environnementales en Haïti. Lors d’une conférence de presse organisée le 3 mars 2026 , le Groupe d’Action francophone pour l’Environnement (GAFE) a mis en garde contre les risques que pourrait représenter ce projet porté par la compagnie canadienne Unigold.
Pour l’organisation, la question dépasse largement les limites territoriales dominicaines. En raison de sa proximité immédiate avec Haïti, l’exploitation minière pourrait avoir des répercussions directes sur plusieurs ressources hydriques partagées entre les deux pays.
Le GAFE attire particulièrement l’attention sur la rivière Massacre et sur le bassin du fleuve Artibonite, deux systèmes hydriques essentiels pour la vie économique et sociale de plusieurs régions haïtiennes. Ces cours d’eau jouent un rôle déterminant dans l’agriculture, l’approvisionnement en eau potable et l’équilibre des écosystèmes.
Selon David Tilus, membre du GAFE, même si le projet minier est localisé du côté dominicain, ses conséquences pourraient franchir la frontière.
« Les impacts environnementaux et sanitaires pourraient concerner directement les populations du Nord-Est d’Haïti », explique-t-il. D’après lui, la proximité du site d’exploitation avec les sources hydriques partagées constitue une source majeure de préoccupation.
Les organisations environnementales évoquent également les procédés chimiques généralement utilisés dans l’extraction de l’or. Les données techniques disponibles indiquent que l’exploitation pourrait nécessiter l’utilisation du cyanure, une substance toxique servant à séparer l’or de la roche.
Ce procédé est souvent associé à des risques élevés de contamination des eaux de surface et des nappes souterraines. En plus du cyanure, l’activité minière peut également libérer des métaux lourds tels que l’arsenic, le plomb ou le cadmium, susceptibles d’entraîner une pollution durable des sols et des rivières.
Selon le GAFE, ces contaminants peuvent avoir des effets graves sur la santé publique, la sécurité alimentaire et la biodiversité.
Au-delà de l’aspect écologique, l’organisation estime que les communautés haïtiennes vivant à proximité de la frontière devraient être prises en compte dans l’étude d’impact environnemental et social actuellement envisagée du côté dominicain.
Le GAFE plaide pour que ces populations soient officiellement reconnues comme parties concernées par le projet. L’organisation appelle également à un accompagnement technique et juridique afin de permettre aux habitants potentiellement affectés de faire valoir leurs droits.
Face à cette situation, le groupe environnemental encourage les autorités haïtiennes à s’impliquer activement dans le dossier. Il recommande notamment l’ouverture d’un dialogue binational formel entre Haïti et la République dominicaine afin de garantir une gestion transparente de ce projet à dimension transfrontalière.
David Tilus souligne que malgré certaines rencontres entre les deux pays, la question de ce projet minier n’aurait pas encore été abordée officiellement.
Il rappelle également que l’opposition à l’exploitation de ce gisement d’or ne se limite pas à Haïti. En République dominicaine, plusieurs organisations de la société civile, ainsi que certaines municipalités, se mobilisent également pour contester le projet.
Dans l’éventualité où les préoccupations haïtiennes ne seraient pas prises en compte, le GAFE n’exclut pas de recourir à des mécanismes du droit international afin de protéger les ressources naturelles partagées et les droits des populations affectées.
Pour l’organisation, l’État haïtien doit jouer un rôle actif dans la défense de ses ressources hydriques et de la santé de sa population.
« Il s’agit d’un enjeu stratégique qui concerne la protection de l’environnement, la sécurité alimentaire et l’avenir écologique du pays », conclut le groupe.
