Aide étasunienne aux Forces Armées d’Haïti: « On ne doit pas être trop enthousiaste »

Aide étasunienne aux Forces Armées d’Haïti: « On ne doit pas être trop enthousiaste »

Pour la première fois depuis les années 1990, les États-Unis ont annoncé un appui direct aux Forces armées d’Haïti. Présenté dans l’opinion publique comme un tournant historique, ce soutien étasunien reste pourtant strictement limité. Entre montant modeste, aide non létale et contraintes juridiques, ce soutien symbolique cache une réalité moins spectaculaire. Pour le spécialiste en études stratégiques, sécurité et politique de défense, Ricardo Germain, il n’y a pas lieu d’être enthousiaste, car les restrictions sont toujours là.

L’annonce récente d’un soutien financier des États-Unis aux Forces armées d’Haïti a provoqué de nombreuses réactions, dont certaines sont marquées par un enthousiasme jugé excessif par certains observateurs. Pour le spécialiste Ricardo Germain, il s’agit avant tout d’un premier pas très modeste, à replacer dans un cadre juridique et politique précis.

Contrairement à une idée largement répandue, Washington n’a jamais exprimé une volonté de principe de ne pas appuyer les Forces armées d’Haïti. « Il y a eu une mésinterprétation », explique le spécialiste, intervenant au journal Dènye Okazyon sur Radio Caraïbes . Selon lui, les restrictions qui ont longtemps empêché un soutien direct relèvent de l’application de la loi Leahy, un dispositif légal américain interdisant l’assistance militaire à des forces étrangères impliquées dans des coups d’État ou des violations graves des droits humains.

Cette loi est une disposition du droit américain qui interdit au gouvernement des États-Unis de fournir une assistance militaire ou sécuritaire à des unités de forces étrangères lorsqu’il existe des informations crédibles les impliquant dans des violations des droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires, la torture ou des disparitions forcées. Dans le cas d’Haïti, elle a longtemps constitué un obstacle majeur à tout appui direct aux Forces armées, selon Germain.

Pour ce dernier, le montant annoncé, environ cinq millions de dollars, reste très limité. « C’est un petit pas, au regard des millions nécessaires. On doit apprécier cette avancée, mais avec un bémol », insiste-t-il. Cette enveloppe s’inscrit dans un budget global d’environ neuf milliards de dollars destinés à l’assistance sécuritaire étasunienne à l’échelle mondiale, ce qui relativise sa portée pour Haïti.

Autre élément clé : la nature de l’aide. Celle-ci est strictement non létale, a tenu à souligner Germain. « La restriction est toujours là, notamment parce que l’impression est que c’est la même armée dissoute en 1994 qui a été remobilisée », précise l’expert. Concrètement, cette contribution devrait prioritairement bénéficier aux garde-côtes haïtiens, ainsi qu’au soutien logistique régional, notamment dans le cadre de la coopération avec d’autres pays partenaires.

Face aux besoins réels de l’armée, cette assistance « n’apportera pas grand-chose », reconnaît Ricardo Germain. Il la qualifie néanmoins de « contribution-test », susceptible d’ouvrir la voie à un engagement plus structuré, à condition que les autorités haïtiennes en tirent parti intelligemment.

L’analyste appelle à une réflexion de fond. « Il faut un plan qui définit quelle armée on veut », martèle-t-il. Sans vision claire, sans doctrine et sans cadre institutionnel solide, toute aide extérieure, aussi bienvenue soit-elle, risque de rester symbolique.

Yelnats-96

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