Cap-Haïtien : le juge Frito Aristil démissionne un mois après l’incident avec la BLTS
Le juge d’instruction Frito Aristil a présenté sa démission ce mardi 14 octobre 2025 au Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ), après quinze années de service au sein de la magistrature. Cette décision intervient moins d’un mois après un incident retentissant impliquant la BLTS dans son propre bureau, symbole des tensions persistantes entre police et justice au Cap-Haïtien.
Dans une lettre officielle adressée au CSPJ, Me Frito Aristil annonce : « J’ai l’honneur de vous présenter ma démission de mes fonctions (…) Après quinze années de service continu au sein de la Justice (…), je souhaite désormais donner une nouvelle orientation à ma carrière. »
Il affirme avoir toujours exercé ses fonctions « dans le strict respect de la loi et des principes fondamentaux d’indépendance et d’honneur » et se dit prêt à assurer une passation de dossiers dans les meilleures conditions.
Magistrat depuis 15 ans et juge d’instruction au tribunal de première instance du Cap-Haïtien depuis environ un an, Me Aristil était considéré comme l’un des visages de la justice locale. Sa démission, rare à ce niveau de responsabilité, soulève des interrogations sur l’état de l’institution judiciaire dans la deuxième ville du pays.
D’autant plus que ce départ intervient presque un mois jour pour jour après un incident marquant : le 15 septembre dernier, alors qu’il entendait un individu dans son bureau, cinq agents de la Brigade de Lutte contre le Trafic de Stupéfiants (BLTS) avaient fait irruption sans autorisation, menotté l’auditionné et l’avaient emmené de force.
Indigné, le magistrat avait quitté le tribunal pour demander des explications à la direction départementale de la PNH. Devant la presse, il avait déclaré : « Pendant que la personne était dans mon bureau, ils n’ont pas ce droit. C’est aussi simple que ça. » Face au tollé, l’individu avait finalement été relâché.
Ce n’était pas un cas isolé. Ces dernières années, plusieurs confrontations ont éclaté entre policiers et magistrats au Cap-Haïtien :
En février 2024, le commissaire du gouvernement a.i. Me Charles Édouard Durand avait été agressé physiquement par des agents de l’UDMO en pleine rue.
En mai 2024, des policiers du SDPJ avaient manifesté devant le Palais de justice, accusant le doyen a.i., Me Joseph Alfred Manigat, de corruption, tout en exigeant justice pour leur collègue Rémy Syncé, tué par des bandits.
Ces événements traduisent une relation instable entre deux institutions censées travailler ensemble : l’une détient la force publique, l’autre le pouvoir de juger. Au Cap-Haïtien, cette cohabitation se transforme trop souvent en affrontement.
La démission de Me Frito Aristil ne marque pas seulement la fin d’une carrière judiciaire : elle pose une question fondamentale. Dans un système où un juge peut être publiquement défié par des policiers en plein exercice de ses fonctions, quelle place reste-t-il pour l’indépendance de la justice en Haïti ?
