La relocalisation de l’Hôpital général, une réponse sanitaire ou un aveu d’impuissance du CPT ?
Le Conseil présidentiel de transition (CPT) a officialisé, ce mercredi 24 septembre, un protocole d’accord avec les ministères de la Santé publique et de l’Économie visant à relocaliser provisoirement l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH). La cérémonie s’est tenue à la Villa d’Accueil, en présence des conseillers-présidents Leslie Voltaire, Louis Gérald Gilles, Smith Augustin et Emmanuel Vertilaire.
Dans son intervention, Leslie Voltaire a présenté cette décision comme une réponse urgente à la crise sanitaire, soulignant qu’elle permettrait de « donner un nouveau souffle au système de santé », en attendant la réouverture de l’HUEH au centre-ville.
Cependant, derrière le vernis officiel, de nombreuses voix s’élèvent pour dénoncer ce choix. Car relocaliser l’Hôpital général revient, pour plusieurs observateurs, à contourner le problème plutôt que de l’affronter. En effet, le plus grand centre hospitalier du pays a dû fermer ses portes depuis mars 2023, date à laquelle l’État a perdu le contrôle de la zone face à la montée en puissance des groupes armés dans le centre de Port-au-Prince.
Plutôt que de mettre l’accent sur une véritable stratégie de pacification de la capitale, le gouvernement s’accommode d’une solution temporaire qui risque de devenir permanente. Pour certains analystes, cette approche traduit une incapacité, voire un refus, de l’État à garantir le droit fondamental des citoyens à évoluer dans un environnement sécurisé, condition indispensable pour un retour à la normale.
Au lieu d’affronter le cœur du problème, l’insécurité généralisée, les autorités semblent privilégier des mesures d’urgence qui, si elles peuvent soulager momentanément, entérinent l’idée que le centre-ville est définitivement perdu aux mains des groupes armés. Ce glissement constitue une menace grave non seulement pour l’accès aux soins, mais aussi pour la symbolique de l’État dans la capitale.
Dans l’attente d’une pacification réelle, la relocalisation de l’Hôpital général apparaît donc moins comme un « souffle nouveau » que comme l’aveu d’impuissance du CPT à rétablir l’ordre et à redonner vie au cœur de Port-au-Prince.
Jean Daniel PIERRE
