Nenel Cassy, symbole des gangs à cravate protégés par l’État, selon la FJKL
Le 2 août 2025, l’ancien sénateur Nenel Cassy a été arrêté par la Direction Centrale de la Police Judiciaire (DCPJ) à Pétion-Ville. Objet d’un avis de recherche depuis février 2025, il faisait face à une litanie d’accusations : assassinat, tentative d’enlèvement, financement du terrorisme, blanchiment d’avoirs, enrichissement illicite, corruption et association de malfaiteurs. Mais, à peine deux semaines plus tard, le 19 août 2025, il a été remis en liberté par le commissaire du gouvernement Frantz Monclair, avec la bénédiction tacite du Conseil Présidentiel de Transition (CPT).
La Fondasyon Je Klere (FJKL), dans un rapport de neuf pages publié le 29 août 2025, dénonce une officialisation de l’impunité en Haïti et fournit des preuves accablantes qui démontrent que l’ancien sénateur est loin d’être une victime de persécution politique : il est un acteur central des réseaux criminels et de la corruption d’État.
Le rapport de la FJKL reprend en détail les conclusions de plusieurs enquêtes judiciaires :
Assassinat du diplomate Jacques Pierre Matilus (3 février 2021) : Un poignard appartenant à la victime a été retrouvé dans le véhicule de Nenel Cassy, sur la scène du crime. La compagne du diplomate, Sandrine Germain, a reconnu l’arme. Les relevés téléphoniques prouvent des échanges entre Cassy et ses complices ce soir-là. Son téléphone a été borné à Delmas 40B, zone du meurtre. Il a multiplié les mensonges et contradictions, admettant lui-même avoir inventé une version à la radio pour des raisons politiques.
Enrichissement illicite et blanchiment : L’ULCC a révélé l’existence de comptes bancaires cachés au nom de Cassy et de son épouse Katrine Chéry Cassy, dont un en dollars américains à l’UNIBANK. Des dépôts atteignant plus de 29 millions de gourdes ont été constatés sur un seul compte en 2016-2017.
Son patrimoine a grimpé de 277 % en deux ans, sans rapport avec ses revenus officiels. Il possède au moins cinq propriétés bâties, quatre terrains, plusieurs véhicules de luxe (Porsche, Mercedes Benz, Nissan Patrol), ainsi que des bijoux et montres de grandes marques (Rolex, Cartier, Tag Heuer).
Collaboration avec des groupes terroristes : La DCPJ l’a relié au groupe Fantom 509, responsable d’incendies, d’assassinats de policiers et de destructions massives.
Il est également accusé d’avoir financé un gang opérant à Chalon (Miragoâne), connu sous le nom de BLTS, impliqué dans assassinats, viols collectifs, enlèvements et vols à main armée.
Cassy n’agissait pas seul. À ses côtés, on retrouve des individus que le gouvernement américain et la communauté internationale qualifient aujourd’hui de terroristes. Ce sont ces hommes qui font le malheur quotidien du peuple haïtien : ils assassinent, violent, kidnappent, incendient, et forcent des milliers de familles à abandonner leurs maisons pour fuir l’horreur. Or, ce sont précisément ces criminels qui sont les amis, collaborateurs et complices de Nenel Cassy. Parmi eux figurent : Ti Lapli, Chrisla, Izo 5 Segond, Chameau Manno…
Ces noms ne sont pas inventés : ils figurent noir sur blanc dans les dossiers transmis par la DCPJ au parquet, dossiers qui étaient déjà en cours d’instruction.
En libérant Nenel Cassy et en annulant toutes les poursuites contre lui et ses complices, le commissaire du gouvernement Frantz Monclair n’a pas seulement trahi son serment : il a violé la loi. La FJKL rappelle qu’un commissaire n’a aucun pouvoir pour classer sans suite un dossier déjà confié à un juge d’instruction.
Dès lors, deux hypothèses sont avancées :
- soit il s’agit d’un acte de corruption manifeste, auquel cas Monclair doit être poursuivi ;
- soit la décision a été dictée par le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) via le ministre de la Justice, ce qui confirmerait la complicité de l’État avec des criminels.
Dans les deux cas, le scandale est total : un ancien sénateur accusé d’avoir collaboré avec des terroristes notoires circule librement, tandis que des victimes et leurs familles attendent toujours justice.
La libération de Nenel illustre à quel point l’appareil judiciaire haïtien est devenu otage des puissants. Alors que des preuves matérielles existent, que des dossiers d’instruction sont ouverts, que des juges ont déjà été saisis, tout a été balayé par une décision politique.
La FJKL conclut sans détour : la place de l’ancien sénateur est derrière les barreaux. Car si un homme accusé d’assassinat, de blanchiment et de collusion avec les gangs peut se retrouver dans la rue grâce à ses contacts, à quoi bon maintenir un système judiciaire ?
En réalité, ce dossier prouve une fois de plus que l’impunité est devenue la colonne vertébrale de l’État haïtien, où les « gangs à cravate » gouvernent main dans la main avec les groupes armés. Tant que ce système perdurera, parler d’État de droit en Haïti restera une illusion.
