Viol sur mineures : le juge Merlan Bélabre sanctionné pour avoir libéré deux présumés agresseurs 

Viol sur mineures : le juge Merlan Bélabre sanctionné pour avoir libéré deux présumés agresseurs 

Le Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire (CSPJ) a définitivement tranché dans le dossier du juge Merlan Bélabre. Déjà suspendu pour une période de trois mois en janvier, le magistrat instructeur du Tribunal de Première Instance de P.au.P a été mis en disponibilité sans traitement pour une durée de trois ans, à l’issue d’une audience publique tenue le mardi 27 mai 2025. Une décision lourde de conséquences, qui sanctionne des « manquements graves à la loi » et ravive les critiques contre un système judiciaire en crise.

Le cœur du scandale repose sur deux décisions du juge Bélabre, ayant ordonné la libération provisoire de deux hommes accusés de viols sur mineures : René Toussaint, directeur de l’Institution Mixte de Formation et de Recherche à Delmas 60, et Odile Villier, un homme de 32 ans. Les deux affaires, d’une extrême gravité, ont entraîné des plaintes déposées par les pères des victimes, Maxo Bonhomme et Jackson Orelus.

Selon les documents communiqués par le CSPJ, René Toussaint est inculpé du viol de Chebania Bonhomme, une adolescente de 15 ans, élève de l’établissement qu’il dirigeait. Le viol, commis sans protection dans les locaux mêmes de l’école, a mené à une grossesse et à l’abandon scolaire de la jeune fille. Odile Villier, de son côté, est accusé d’avoir violé Melineka Fleurelus, également âgée de 15 ans au moment des faits.

Les décisions du juge Bélabre de libérer les deux accusés ont été jugées illégales et contraires aux articles 95 et 96 du Code d’instruction criminelle, qui interdisent formellement la liberté provisoire dans les affaires criminelles, notamment les cas de viol, et exigent la transmission du dossier au Commissaire du Gouvernement pour avis préalable.

Lors de son audition, le juge Bélabre a tenté de justifier la libération de René Toussaint pour raisons humanitaires, évoquant son état de santé fragile et un certificat médical. Concernant Odile Villier, aucune convocation préalable du parquet n’a été respectée, aggravant ainsi la faute disciplinaire.

Le jugement du 27 mai, prononcé par un collège composé des magistrats Barthélemy Altenor, Noé Pierre-Louis Massilmon et Wando Saint-Villier, se veut exemplaire. Le CSPJ insiste sur l’atteinte portée à l’honneur de la magistrature et rappelle à tous les juges l’importance de l’intégrité et du respect strict des lois dans l’exercice de leurs fonctions.

Cette affaire met en lumière les failles d’un système judiciaire souvent décrié pour son manque d’indépendance, ses dysfonctionnements et sa tolérance à la corruption. Pour de nombreux citoyens, cette sanction constitue un pas dans la bonne direction, bien que tardif.

Le juge Bélabre, longtemps critiqué pour des décisions jugées douteuses, a été relevé de ses fonctions pour trois ans sans salaire. Il a été officiellement notifié, de même que le ministère de la Justice et les familles des victimes.

Alors que les voix se multiplient pour une réforme en profondeur de la justice haïtienne, ce cas pourrait bien servir d’électrochoc.

Steeve Luc PIERRE

Image d’illustration : Haïti Libre

GPL Media Libre

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