Un gouvernement sans miroir : Il voit la douleur dominicaine, mais pas celle d’Haïti
Le gouvernement haïtien, par la voie d’un communiqué pompeux, a exprimé sa solidarité avec la République dominicaine suite à la tragédie survenue dans la discothèque Jet Set à Santo Domingo. Un geste diplomatique qui, en apparence, aurait pu paraître noble. Mais dans les faits, il révèle une hypocrisie flagrante, presque insultante pour les citoyens haïtiens abandonnés à leur sort, notamment ceux de Mirebalais.
Ce communiqué, saturé de formules grandiloquentes « nos cœurs battent à l’unisson », « une seule âme face à l’adversité », « l’obscurité de cette épreuve » laisse un goût amer. Celui d’un gouvernement plus prompt à verser des larmes de circonstance pour une nation étrangère qu’à affronter la souffrance de son propre peuple. Car pendant que les autorités haïtiennes distillent de belles phrases à la République dominicaine, Mirebalais sombre dans une crise humanitaire aussi silencieuse que brutale.
La ville est confrontée à des défis immenses : insécurité grandissante, pénurie d’eau potable, système de santé défaillant, écoles fermées ou à peine fonctionnelles. La population est livrée à elle-même, sans présence tangible de l’État, sans plan d’urgence, sans même l’attention des médias.
Où sont les communiqués officiels de compassion pour les enfants privés d’éducation, pour les malades qui succombent dans l’indifférence ? Où sont les mots empreints d’émotion pour les familles dévastées par la violence ou la faim dans le Plateau Central ?
Ce double discours met en lumière une réalité accablante : le gouvernement haïtien semble accorder plus d’importance aux victimes dominicaines qu’à ses propres citoyens. Il est aisé de rédiger des déclarations diplomatiques pour soigner son image sur la scène internationale. Il est bien plus difficile, mais pourtant essentiel d’agir concrètement face aux urgences locales.
La solidarité internationale ne saurait justifier le déni des responsabilités nationales. Un État véritablement soucieux du sort de ses voisins commence par mettre de l’ordre dans sa propre maison. Sinon, il ne s’agit pas de diplomatie, mais d’une fuite honteuse, d’une mascarade institutionnelle où le peuple haïtien, spectateur impuissant, n’a même plus la force d’applaudir.
Jean Daniel PIERRE
