Réforme et expansion: le plan des autorités pour relancer le transport aérien haïtien

Réforme et expansion: le plan des autorités pour relancer le transport aérien haïtien

Face aux restrictions affectant l’aéroport international Toussaint Louverture de Port-au-Prince, les autorités aéroportuaires haïtiennes se mobilisent pour assurer la continuité du transport aérien dans le pays. Lors d’une conférence de presse conjointe organisée dans les locaux de l’Autorité Aéroportuaire Nationale (AAN), Yves Ducarmel François, Directeur Général de l’AAN, et Réginald Guignard, Directeur Général de l’Office National de l’Aviation Civile (OFNAC), ont exposé les défis du secteur et les mesures en cours pour renforcer les infrastructures et la régulation aérienne en Haïti.

« L’aéroport international Toussaint Louverture est toujours en activité », a lancé d’entrée de jeu le DG de l’AAN. Mais, poursuit-il , depuis l’attaque armée du 11 novembre 2024, où un avion de Spirit Airlines a été pris pour cible par des groupes armés, les compagnies aériennes américaines ont suspendu leurs vols commerciaux vers Haïti. Cette décision fait suite aux restrictions imposées par l’Administration fédérale de l’Aviation américaine (FAA), qui a jugé que l’environnement autour de l’aéroport ne garantissait pas une sécurité suffisante.

Cependant, il est important de préciser que ces restrictions ne concernent que les vols commerciaux américains. Les vols militaires, humanitaires et d’urgence en provenance des États-Unis continuent d’atterrir à Port-au-Prince. De plus, d’autres compagnies aériennes, notamment celles du Brésil, du Canada et de la France, sont toujours autorisées à opérer, mais elles sont fortement influencées par les décisions des compagnies américaines, qui dominent le marché des vols vers Haïti.

Le directeur de l’AAN a souligné que la levée de ces restrictions est une priorité absolue. Actuellement fixées jusqu’en septembre 2025, elles pourraient être levées plus tôt si des garanties suffisantes sont apportées quant à la sécurisation des abords de l’aéroport. « Dès que nous prouverons que l’environnement externe de l’aéroport est sécurisé, la restriction sera levée et les vols reprendront immédiatement », a-t-il affirmé.

Pour atteindre cet objectif, des travaux de sécurisation ont été engagés en collaboration avec la Police Nationale d’Haïti (PNH) et les Forces Armées d’Haïti (FADH). Des démolitions ont été effectuées sur la façade nord de l’aéroport afin d’améliorer la visibilité et de réduire les risques liés aux attaques extérieures. Par ailleurs, une nouvelle tour de contrôle est en construction pour moderniser la gestion du trafic aérien.

Avec la réduction des opérations à Port-au-Prince, l’aéroport international du Cap-Haïtien est devenu la principale plaque tournante du transport aérien en Haïti. Toutefois, cette transition soudaine a mis en évidence les limites de ses infrastructures.

« L’aéroport du Cap n’avait pas la capacité d’accueillir un aussi grand nombre de passagers et d’avions. Nous avons dû réagir rapidement », a expliqué Yves Ducarmel François. Afin de mieux gérer le flux croissant de voyageurs, la salle d’enregistrement a été agrandie et un ajustement des horaires de vol a été mis en place pour éviter la saturation. Actuellement, l’aéroport dispose d’un parking limité à 22 000 mètres carrés, avec seulement six postes de stationnement pour les avions.

Pour renforcer sa capacité d’accueil, des travaux sont en cours afin de permettre l’exploitation de vols de nuit, une avancée majeure qui pourrait faciliter l’augmentation des liaisons aériennes.

Jusqu’à récemment, l’aéroport des Cayes était critiqué pour son manque de conformité aux standards internationaux. Cependant, les récents aménagements lui ont permis de monter en catégorie et d’accueillir des avions plus grands.

Au départ, sa piste ne mesurait que 1 300 mètres et ne pouvait recevoir que des avions de 19 places (catégorie 2B). Après des travaux d’agrandissement, elle atteint désormais 1 900 mètres et peut accueillir des avions de 80 places (catégorie 3B).

L’ambition des autorités est de faire des Cayes un aéroport international. « Cela ne peut pas se faire immédiatement, il y a des étapes à respecter. Nous avons franchi la première avec le conseiller-président Leslie Voltaire, et nous sommes en discussion avec une compagnie aérienne qui prévoit d’opérer le premier vol international à partir de mi-avril », a déclaré M. François. À long terme, l’objectif est d’amener l’aéroport des Cayes au standard 4F, un processus qui nécessitera encore de nombreux investissements.

L’aéroport de Jacmel, avec sa piste de seulement 300 mètres, reste très limité en termes d’exploitation et ne peut accueillir que des vols de petite capacité.

D’une manière plus générale, Haïti ne dispose actuellement d’aucun aéroport certifié aux normes internationales. « Nous travaillons activement pour améliorer nos infrastructures afin qu’elles puissent être certifiées par les instances de régulation aérienne », a assuré le directeur de l’AAN.

Outre les questions liées aux infrastructures, le directeur de l’OFNAC, Réginald Guignard, a mis l’accent sur la régulation du transport aérien. Il a notamment rappelé que l’OFNAC est responsable du contrôle de tous les hélicoptères opérant dans l’espace aérien haïtien.

Il a également évoqué les plaintes répétées des passagers contre Sunrise Airways, accusée de retards fréquents, de mauvais traitements et de non-remboursement des billets. Face à ces abus, l’OFNAC a ouvert plusieurs dossiers et s’apprête à prendre des sanctions contre la compagnie. « Nous avons le pouvoir d’imposer des amendes et d’exiger des indemnisations pour les passagers après enquête », a-t-il précisé.

Alors que le transport aérien en Haïti traverse une crise majeure, les autorités multiplient les efforts pour garantir la continuité des opérations. La réhabilitation des aéroports du Cap-Haïtien et des Cayes est une avancée significative, mais la reprise des vols commerciaux vers Port-au-Prince dépendra avant tout de l’évolution de la situation sécuritaire.

Les restrictions actuelles doivent théoriquement durer jusqu’en septembre 2025, mais tout est mis en œuvre pour les lever plus tôt. Si la sécurité autour de l’aéroport de Port-au-Prince est prouvée, les vols pourront reprendre immédiatement. Dans tous les cas, les autorités entendent faire en sorte que cette période de restrictions soit la dernière, en garantissant à long terme un environnement sécurisé pour le transport aérien haïtien.

Steeve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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