Bibliothèque Nationale d’Haïti: une institution prestigieuse à l’agonie
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Ce 26 mars ramène les 85 ans d’existence de la plus grande et la plus ancienne bibliothèque publique du pays, la Bibliothèque Nationale d’Haïti (BNH). C’était en 1940 que le Président Sténio Vincent inaugurait, à la rue du centre, ce temple du savoir qui, depuis lors, est devenu l’institution primordiale dans la sauvegarde des patrimoines historique, littéraire et culturel haïtien.
85 ans plus tard, qu’est-il advenu de ce temple sacré de la recherche ? Voilà une question qui s’impose dans un contexte où la bibliothèque est en décrépitude, en decrescendo, devenue un lieu fantômatique auquel même son directeur ne peut avoir accès en raison de la violence qui règne dans la capitale.
Le 3 avril 2024, des bandits armés avaient pris d’assaut le local de la BNH avant de l’avoir pillé puis incendié une bonne partie, alors que des documents vieux d’environ deux cents ans y étaient gardés, en dépit des menaces qui planaient sur le bas de la ville après l’attaque des bandits contre la prison civile, vidée de presque tous ses détenus.
Après l’intervention dans la presse, comme aurait fait tout simple citoyen, sur le risque de perdre d’une quantité d’archives très importantes du pays, c’est le silence total concernant cette institution publique. Aucun communiqué officiel relatif à une quelconque démarche pour sauver les documents restants dans le local.
L’accès au patrimoine bibliographique du pays grâce aux nouvelles technologies, tel que l’avait promis Inrico Dangelo Néard lors de son discours d’investiture, n’est pas encore possible cinq ans après. Avec une BNH en plein dans le numérique, on aurait aujourd’hui moins d’inquiétude pour la mémoire du pays.
Si d’autres institutions comme le Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, Le Nouvelliste, les Presses Nationales ont eu le temps de faire leurs valises pour fuir l »insécurité, tel n’est pas le cas pour la BNH, organisme déconcentré de l’État, dont les 85 ans aujourd’hui ne sont pas célébrés en grande pompe par les responsables.
En effet, c’est à la Bibliothèque municipale des Cayes, dans l’une des annexes de la BNH que les 85 ans de création de cette institution ont été célébrées, en l’absence de son Directeur général qui se trouve pour l’instant en dehors du pays.
Aujourd’hui encore, il est crucial de questionner la volonté des dirigeants haïtiens.e.s de faire société, n’arrivant même pas à protéger la mémoire du pays. Comment arrive-t-on à laisser la construction de ce bien commun entre les mains de ceux et celles dépourvus.e.s de tout sens de responsabilité ?
Wesker Sylvain
