«Trop de promesses, pas assez de sécurité» : Aristide tacle Leslie Voltaire et le CPT

«Trop de promesses, pas assez de sécurité» : Aristide tacle Leslie Voltaire et le CPT

Lors de la cérémonie de remise de diplômes de l’Université de la Fondation Dr. Aristide (UNIFA), l’ancien président Jean-Bertrand Aristide s’est livré, comme à son habitude, à une analyse critique de la situation du pays. Mais cette année, son discours avait une saveur particulière. Alors que le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), dirigé par son propre allié Leslie Voltaire, est aux commandes, Aristide n’a pas mâché ses mots. Il a dénoncé l’insécurité, la corruption et l’effondrement de l’État, pointant du doigt, sans le dire explicitement, l’échec de ceux qui gouvernent aujourd’hui.

Ce 2 mars 2025, l’UNIFA a organisé sa traditionnelle cérémonie de remise de diplômes. Comme chaque année, cet événement était l’occasion pour Jean-Bertrand Aristide, fondateur de l’université et figure emblématique du parti Fanmi Lavalas, de s’exprimer sur l’état du pays. Ses discours, attendus autant par ses partisans que par ses détracteurs, sont souvent marqués par des phrases percutantes et des analyses sans concession.

Mais cette année, le contexte était bien différent. Si Aristide n’occupe plus de fonction officielle, le Conseil Présidentiel de Transition (CPT), chargé de diriger le pays, est entre les mains de l’un de ses alliés les plus fidèles : Leslie Voltaire, membre influent de Fanmi Lavalas. Ainsi, l’ancien président ne s’attaquait pas cette fois à un adversaire politique, mais bien à ceux qui, en théorie, partagent sa vision et ses idéaux.

Dans son discours, Aristide a dressé un portrait sombre de la situation actuelle : « Trop de routes bloquées, trop de territoires abandonnés, trop de gangs avec cravate, trop de gangs armés, trop de balles qui transpercent la coque du bateau qui est en train de couler, alors que nous sommes tous à bord. » Une dénonciation frontale de l’état chaotique du pays, où l’insécurité règne en maître. L’image du bateau en perdition est lourde de sens : Haïti sombre, et personne ne semble capable de colmater les brèches.

L’expression « gang avec cravate », bien connue en Haïti, renvoie directement aux politiciens et aux hauts fonctionnaires accusés d’entretenir des liens avec les groupes criminels. En les mettant sur le même plan que les gangs armés, l’ancien locataire du Palais National souligne une réalité troublante : l’effondrement du pays ne vient pas seulement des hommes armés qui terrorisent la population, mais aussi de ceux qui, en costume et cravate, participent au système de corruption et de collusion qui gangrène l’État.

Aristide n’a pas seulement critiqué la situation, il a aussi lancé un avertissement à ceux qui gouvernent actuellement : « Ce mode d’État ne peut pas sauver le peuple sans le peuple. Nous ne voulons pas de promesses de sécurité, nous voulons la sécurité dans tout le pays. »

Cette phrase est une attaque directe contre le Conseil Présidentiel de Transition et, en particulier, Leslie Voltaire, qui avait promis de rétablir la libre circulation et d’alléger les blocages des routes avant de céder sa place à un autre membre du CPT. Pourtant, plusieurs mois depuis qu’il est au premier rang, les barrages érigés par les gangs n’ont jamais été levés, et l’insécurité n’a fait que s’aggraver.

Dans son discours, l’homme de 71 ans met ici en évidence une contradiction majeure : ceux qui dirigent aujourd’hui, bien qu’issus de son propre camp politique, se sont révélés incapables d’apporter des solutions concrètes. La population, quant à elle, ne peut plus se satisfaire de promesses creuses.

L’ancien président a poursuivi son discours en dénonçant l’incompétence des autorités : « Trop de corruption, trop de zéros dans le cahier des autorités, trop de souffrance, trop de larmes dans les yeux des personnes honnêtes. » L’image du zéro est particulièrement marquante. En comparant la gestion du pays à une note scolaire désastreuse, Aristide dresse un verdict sans appel : ceux qui sont au pouvoir aujourd’hui ont échoué.

Cette métaphore illustre aussi le sentiment général de la population, qui se sent trahie par ses dirigeants et privée d’avenir. La corruption, omniprésente, est un autre point central du discours. En dénonçant la montée en puissance des pratiques frauduleuses et l’inaction des autorités face aux souffrances du peuple, il place le CPT face à ses responsabilités.

Le discours de Jean-Bertrand Aristide, bien que prononcé dans le cadre d’une cérémonie académique, était tout sauf anodin. En pointant du doigt les dérives du Conseil Présidentiel de Transition, il envoie un message clair : la situation actuelle est intenable, et même ceux qui se réclament de Fanmi Lavalas ne sont pas à l’abri de ses critiques.

Reste à savoir si Leslie Voltaire et les autres membres du CPT prendront en compte ces remarques ou s’ils continueront sur la même voie. Une chose est sûre : la population, elle, ne peut plus attendre indéfiniment. Le pays est à un tournant, et les prochains mois seront décisifs pour l’avenir d’Haïti.

Steeve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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