Une statue en hommage à Jean Hérard Richard : Entre reconnaissance et violation de la constitution

Une statue en hommage à Jean Hérard Richard : Entre reconnaissance et violation de la constitution

Ce samedi 28 décembre 2024, au Cap-Haïtien, la Mairie, avec le soutien d’admirateurs enthousiastes, a dévoilé une statue honorant Jean Hérard Richard, connu sous le nom de Richie. Installée sur la place Karenaj, cette œuvre célèbre le talent remarquable de cet artiste, maestro du groupe Klass et batteur hors pair. Richie ne se contente pas de jouer de la musique : il élève son art en créant des rythmes captivants qui reflètent l’âme de la culture haïtienne. Cependant, cette reconnaissance artistique s’accompagne d’une controverse.

La Constitution haïtienne de 1987 amendée, dans son article 7, interdit le culte de la personnalité. Elle stipule que « les effigies, les noms de personnages vivants ne peuvent figurer sur la monnaie, les timbres, les bâtiments publics, les rues et les ouvrages d’art. » Étant donné que Richie est encore en vie, l’érection de cette statue constitue une infraction évidente à cette disposition.

Cette situation rappelle un précédent survenu en 2017 à Petit-Goâve. À cette époque, les autorités avaient décidé de nommer la Bibliothèque municipale en l’honneur de Dany Laferrière, écrivain de renom originaire de la ville. Cette décision avait suscité des protestations, car elle contrevenait à l’article 7 de la Constitution.

Le dimanche 10 septembre 2017, des jeunes, invoquant le respect de la loi, avaient effacé de force le nom de l’académicien sur la façade de la bibliothèque. Bien que cette méthode ait été critiquée, elle avait mis en lumière l’importance de respecter la légalité face aux initiatives symboliques.

Cet incident soulève des interrogations récurrentes sur la méconnaissance ou l’indifférence des responsables vis-à-vis des principes constitutionnels. L’absence prolongée de Parlement en Haïti aggrave ce problème, rendant inapplicable l’article 7.1, qui prévoit une exception avec l’approbation de l’Assemblée nationale.

Dans le cas de Richie, bien que son talent soit indéniable et que son apport à la musique mérite d’être reconnu, cette célébration aurait pu s’exprimer autrement, sans enfreindre les lois. Les autorités auraient pu organiser des concerts en son honneur, soutenir des projets éducatifs ou produire des œuvres retraçant sa carrière, tout en respectant les dispositions légales.

Ces situations révèlent un problème structurel : le laxisme institutionnel affaiblit l’État de droit. Lorsque les autorités elles-mêmes transgressent les lois, elles sapent leur crédibilité et créent un climat d’insécurité juridique.

En Haïti, où les institutions peinent à s’affirmer, il est crucial de concilier hommage et respect de la loi. Honorer les figures emblématiques du pays est essentiel, mais cela doit se faire dans un cadre légal pour préserver l’intégrité du système juridique. C’est à cette condition que la société haïtienne pourra progresser vers un avenir où la légalité prévaut sur les initiatives arbitraires.

Steeve Luc PIERRE

GPL Media Libre

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