Tension en République Dominicaine: des maisons d’Haïtiens incendiées après une agression présumée
Le dimanche 17 novembre dernier, à Constanza, en République dominicaine, des habitants en colère ont incendié plusieurs maisons de migrants haïtiens après une agression présumée contre une commerçante dominicaine. Cet événement tragique s’inscrit dans un contexte de tensions historiques entre les deux peuples, exacerbées par des expulsions massives et une montée du racisme à l’encontre des Haïtiens.
La communauté d’El Minero, dans la province de La Vega, a été le théâtre d’une explosion de violence au cours du week-end dernier. En réaction à l’agression présumée d’une commerçante dominicaine, Ana Judith Reyes, par un homme identifié comme étant d’origine haïtienne, des citoyens dominicains ont détruit plusieurs habitations de migrants haïtiens, les incendiant après les avoir vidées.
Selon le rapport de la Police Nationale dominicaine, l’agression aurait été motivée par un différend commercial. L’homme, armé d’un couteau, aurait attaqué Ana Judith Reyes après qu’elle aurait refusé de lui vendre des produits à crédit. La victime, grièvement blessée à la tête, au poignet et au flanc, a été transportée à l’hôpital Juan Bosch, où son état est désormais stable.
Cependant, l’incident isolé a déclenché une vague de représailles collectives, alimentant des tensions déjà vives entre Dominicains et Haïtiens. Ces tensions ont des racines historiques profondes, mais elles se sont intensifiées ces dernières années en raison de la crise sociopolitique en Haïti. Face à l’effondrement de l’État haïtien, des milliers de citoyens traversent chaque jour la frontière pour chercher refuge en République dominicaine, à la recherche d’une vie meilleure.
En réponse à cette migration accrue, le président dominicain Luis Abinader a lancé une campagne de déportations massives, ciblant exclusivement les Haïtiens. Ces expulsions, souvent menées sans respect des procédures légales ou des droits fondamentaux, ont conduit à des milliers de rapatriements forcés au cours des dernières semaines. De nombreux observateurs, notamment des organisations de défense des droits humains, dénoncent une politique discriminatoire et raciste.
Dans ce climat hostile, les violences survenues à Constanza ne sont pas un cas isolé. Les actes de représailles collectives, comme l’incendie des maisons d’El Minero, illustrent un racisme systémique qui alimente un cycle de haine et de violence. Les migrants haïtiens, déjà vulnérables, deviennent les boucs émissaires d’une société dominicaine confrontée à ses propres défis économiques et sociaux.
Les événements de Constanza, survenus le 17 novembre dernier, révèlent l’urgence d’un dialogue binational pour résoudre les tensions croissantes entre Haïti et la République dominicaine. Alors que les expulsions massives continuent et que les violences s’intensifient, la protection des droits fondamentaux des migrants haïtiens devient un enjeu crucial pour prévenir une crise humanitaire encore plus grave.
Steve Luc PIERRE
