Le Conseil Présidentiel face aux « mercenaires » : quand l’ombre d’une menace hante les dirigeants
Cette semaine, les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT) ont appris avec inquiétude la présence de mercenaires étrangers sur le territoire haïtien. Ces individus seraient venus à la demande du Premier ministre Garry Conille, un détail qui a suffi à ébranler la sérénité du conseil. Convoqué pour s’expliquer, M. Conille a cependant boudé la convocation, apparemment trop occupé à servir son pays. Mais que cache cette affaire, et pourquoi ce terme de « mercenaires » continue-t-il de susciter une telle peur ?
Pour comprendre l’angoisse actuelle des conseillers, il faut se tourner vers les événements de la présidence de Jovenel Moïse. Pendant les années 2019 à 2021, alors que le pays était secoué par des mouvements de protestation, l’opposition accusait l’ancien président d’utiliser des mercenaires pour réprimer les manifestations.
Cette accusation a trouvé un écho tragique le 17 février 2019, lorsque la Police Nationale d’Haïti a intercepté un groupe de huit hommes lourdement armés, sept étrangers et un Haïtien, à Port-au-Prince. Armés de fusils-mitrailleurs, de drones, et de téléphones satellites, ces hommes prétendaient travailler pour le gouvernement haïtien, sans autre précision. Quatre jours plus tard, tous sauf l’Haïtien avaient quitté le pays sans poursuite. L’opposition avait alors dénoncé un complot de Jovenel pour éliminer son Premier ministre de l’époque, Jean-Henry Céant.
Le 7 juillet 2021, le président Moïse est assassiné chez lui par un commando de mercenaires colombiens. Plus de trois ans après, le flou règne toujours quant aux responsables de ce meurtre. Ce drame hante aujourd’hui les membres du CPT, qui craignent pour leur propre sécurité en raison de cette présence étrangère inexpliquée.
Le 29 octobre 2024, le CPT a demandé une rencontre d’urgence avec le Premier ministre Conille, désireux d’en savoir plus sur la mission de la société américaine Studebaker Defense Group, soupçonnée de loger plusieurs dizaines de mercenaires dans des hôtels du pays, sous de fausses identités.
Ils souhaitaient des éclaircissements sur la provenance des fonds ayant permis leur venue. Mais Conille a fait fi de la convocation du 30 octobre, visiblement pris par des engagements impérieux. Néanmoins, une nouvelle rencontre a été fixée pour le 4 novembre 2024 afin de percer ce mystère.
Au-delà de la question des mercenaires, la situation révèle des tensions croissantes entre le Conseil Présidentiel de Transition et le Premier ministre. Depuis plusieurs semaines, des rumeurs circulent au sein du CPT, affirmant que certains de ses membres souhaitent un remaniement ministériel pour apporter des changements significatifs au sein de l’administration. Cependant, Gary Conille s’est opposé fermement à cette idée, cherchant à conserver la stabilité de son équipe actuelle.
Face à cette résistance, la situation s’envenime. En coulisses, certains conseillers, agacés par l’opposition de Conille, n’hésitent plus à réclamer sa démission. Selon plusieurs sources proches du dossier, les membres influents du CPT seraient en train d’orchestrer des manœuvres visant ouvertement à l’évincer, considérant qu’il est devenu un obstacle majeur à la réforme gouvernementale qu’ils souhaitent mener. Le torchon brûle entre les deux branches de l’exécutif, et la question des mercenaires semble désormais un prétexte pour exercer une pression politique supplémentaire.
En attendant une déclaration officielle, des rumeurs se multiplient autour de la mission des mercenaires, certains avançant qu’ils seraient venus pour former les agents de la PNH. Cependant, dans un contexte de conflit entre le CPT et le Premier ministre, cette hypothèse laisse beaucoup de questions sans réponse. Le CPT, de plus en plus méfiant, craint une manœuvre politique déguisée et reste sceptique face à ce scénario de « formation ».
À chaque fois que des mercenaires apparaissent dans les affaires haïtiennes, le dénouement est tragique. Le CPT voit-il dans cette présence étrangère une menace directe ? Ou bien est-ce le souvenir des drames passés qui alimente cette crainte ? Reste à savoir si Garry Conille répondra enfin à la convocation, ou si cette ?occupation ? à servir son pays passera, une fois de plus, avant la sécurité des conseillers.
Steve Luc PIERRE
