Existe-il une relation directe entre nos déboires institutionnels et l’incapacité à réaliser une croissance soutenue ?

Existe-il une relation directe entre nos déboires institutionnels et l’incapacité à réaliser une croissance soutenue ?

Haïti est plongée dans une dépression économique presque sans égal avec ces cinq années consécutives de croissance économique négative. -1,7 % en 2018-2019, -3,3 % en 2019-2020, -1,8 % en 2020-2021, -1,7% en 2021-2022 et -1,9 % en 2022-2023, ainsi se présente le tableau des différents taux de croissance de l’économie haïtienne au cours de ces cinq dernières années. 

Pourtant, le pays n’a été victime d’aucun aléa naturel majeur ou d’un embargo durant cette période. Le pays est plutôt victime d’un chaos institutionnel qui se fait sentir à tous les niveaux dans la société. Il n’y a pas d’élus en poste, le pouvoir judiciaire est très décrié, les institutions publiques marchent à reculons, etc. 

Dès lors, on peut se demander s’il existe une relation directe entre nos déboires institutionnels et cette incapacité à réaliser une croissance soutenue. C’est cette interrogation qui a servi de fil conducteur au mémoire soutenu par l’étudiant en Économie Steve Calixte le 26 janvier 2024 à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques (FDSE). 

Ce travail est subdivisé en trois chapitres. Dans le premier chapitre, le jeune licencié en Économie a présenté le cadre conceptuel, la revue de littérature ainsi que le cadre théorique de sa recherche. Le deuxième chapitre est consacré à une présentation du cadre institutionnel haïtien, tout en essayant de faire ressortir ses principaux problèmes. 

Enfin, dans le troisième et dernier chapitre, M. Calixte s’est basé sur les travaux de Mauro (1995) pour élaborer un modèle économétrique devant lui permettre de tester empiriquement son hypothèse de départ.

En privilégiant la démarche hypothético-déductive et en priorisant la méthode dite mixte (une méthode qui consiste à combiner l’approche qualitative et celle quantitative), l’étudiant finissant en Économie a trouvé, entre autres, les résultats suivants : en premier lieu, il a démontré qu’en dépit du fait que les dépenses de santé, d’éducation et d’infrastructure de base soient faibles en Haïti, elles ont un impact positif sur la croissance. 

En second lieu, il a prouvé qu’une variation positive d’une unité au niveau du taux de réussite nationale secondaire entraînera une diminution de 0.1322 unité au niveau du taux de croissance du revenu par habitant. En troisième lieu, il a démontré qu’une augmentation du PIB (Produit Intérieur Brut) retardée affecte négativement la croissance du PIB de l’année en cours. Et en dernier lieu, il a prouvé qu’une variation positive d’une unité au niveau du contrôle de la corruption entraînera une augmentation de 15.8678 unités au niveau du taux de croissance du PIB/habitant. 

Dans cette veine, il convient de mentionner que le contrôle de la corruption constitue la variable principale du modèle utilisé par M. Calixte. C’est elle qui a le plus grand impact sur le PIB, d’après ce qu’il a démontré dans la partie économétrique de son travail. 

À préciser aussi que le mémoire de l’étudiant de la FDSE a été réalisé sur la période allant de 2000 à 2020. À la lumière de ce travail de recherche présenté par le jeune économiste, nous avons décelé que le sous-développement d’Haïti est dû en grande partie à l’inefficacité et l’inefficience de ses institutions. 

Ainsi, faut-il souligner que si les futurs Dirigeants souhaiteraient mettre le pays sur les rails du développement, ils devront œuvrer à rétablir d’abord nos institutions étatiques qui sont à genoux depuis belle lurette. Ensuite, ils devront œuvrer à faire en sorte que ces dernières soient inclusives. 

Car, un pays peut toujours disposer de beaucoup d’institutions sans être développé pour autant. Si les institutions, au lieu d’être au service de toute la population sont plutôt au service d’une élite ou d’un parti qui détient les rênes du pouvoir politique afin de lui permettre d’extraire des rentes économiques au détriment de la croissance économique. Un point qui a été très bien débattu par M. Calixte dans son travail.

 Jonathan GÉDÉON

Crédit photo : BRH

GPL Media Libre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *