Huit ans de recul économique : ProEco Haïti dresse un bilan préoccupant de l’économie haïtienne

Huit ans de recul économique : ProEco Haïti dresse un bilan préoccupant de l’économie haïtienne

PROECO HAÏTI publie son bilan économique de l’exercice fiscal 2025-2026. À travers dix principaux constats, le cabinet met en évidence une économie marquée par quelques évolutions favorables, mais des performances globalement médiocres et des fragilités persistantes. La note analyse également les principaux enjeux susceptibles de déterminer les perspectives pour 2026-2027.

Dans sa note de conjoncture datée du 30 septembre 2026, l’économiste Enomy Germain, PDG de ProEco Haïti, cabinet de conseil et de recherche, dresse un constat sévère : l’économie haïtienne devrait enregistrer en 2026 une huitième année consécutive de contraction. Le PIB réel a reculé chaque année depuis 2019, de -1,7 % à -2,7 % en 2025, avec un pic de -4,2 % en 2024. Pour l’exercice en cours, la CEPAL table sur un recul de 1,4 %, et le FMI confirme cette tendance.

Une inflation qui ralentit, mais la vie reste chère

L’inflation poursuit sa décélération. Selon les dernières données de l’IHSI, elle s’est établie à 17,0 % en glissement annuel en août 2026, contre un pic de 32,2 % en octobre 2025, soit une baisse de plus de 15 points. Le cabinet nuance toutefois : les prix continuent d’augmenter, mais moins vite. En août, les produits alimentaires affichaient encore une hausse annuelle de 17,6 % et le transport de 26,6 %, tandis que le riz progressait de 20,5 % et les viandes de 24,6 %.

Une gourde stable, soutenue par les transferts

Le taux de référence de la BRH est resté quasi inchangé, passant de 130,7145 gourdes pour un dollar au 1er octobre 2025 à 130,6026 au 30 septembre 2026. Cette stabilité tient surtout aux transferts de la diaspora, qui ont atteint 3,82 milliards de dollars entre octobre 2025 et juin 2026 (+15,55 %), ainsi qu’aux achats de devises de la BRH. Au troisième trimestre, les exportations ont reculé de 10,9 % (118,8 millions de dollars) et les importations ont progressé de 15,2 % (1,31 milliard), creusant le déficit commercial à 1,19 milliard de dollars. Pour ProEco, la stabilité externe du pays dépend donc de flux qui ne proviennent pas de sa capacité productive.

Des recettes en hausse, un investissement à la traîne

Au 31 juillet 2026, les recettes publiques atteignaient 178,8 milliards de gourdes, en hausse de 11 % sur un an. Les dépenses ont toutefois augmenté de 28 %, dominées à 84 % par les dépenses courantes. L’investissement public sur ressources domestiques a bondi de 181 %, à 29,6 milliards de gourdes, mais ne représente qu’environ 23,6 % des prévisions initiales.

Des banques rentables, un crédit grippé

Le secteur bancaire se porte bien : au 30 juin, le rendement des fonds propres atteint 17,44 % et les prêts improductifs reculent à 7,99 %. Mais pour 100 gourdes de dépôts, les banques n’en prêtent qu’environ 19. Le crédit reste en outre très concentré : l’Ouest capte 76,29 % du nombre de prêts, et les hommes obtiennent 61,5 % de la valeur des crédits en gourdes aux particuliers.

Une faim persistante

Selon l’analyse IPC d’avril 2026, 5,83 millions de personnes, soit 52 % de la population analysée, étaient en insécurité alimentaire aiguë entre mars et juin, dont 1,83 million en situation d’urgence.

2026-2027 : stabilisation plutôt que redressement

La lettre de cadrage du budget 2026-2027 prévoit une croissance de 0,2 %, et le FMI de 0,5 %. La reprise dépendra surtout de la sécurité et de la circulation des personnes et des biens. Un autre risque pèse sur le pays : les migrants installés aux États-Unis sont à l’origine d’environ 80 % des transferts, selon la BRH, et les incertitudes entourant le statut migratoire de nombreux Haïtiens pourraient affecter ces flux.

Au terme de son analyse, ProEco Haïti estime que les quelques signaux positifs observés au cours de l’exercice 2025-2026 ralentissement de l’inflation, stabilité relative de la gourde et amélioration de certains indicateurs bancaires ne suffisent pas à masquer les difficultés structurelles auxquelles le pays demeure confronté. La faiblesse de la production nationale, le recul des exportations, la dépendance croissante aux transferts de la diaspora, le sous-investissement public et l’insécurité alimentaire continuent de peser lourdement sur les perspectives économiques.

Dans ce contexte, le cabinet considère que l’exercice 2026-2027 devrait davantage être une année de stabilisation qu’une véritable phase de redressement. Sans amélioration significative de la sécurité, du climat des affaires et de la capacité productive nationale, la sortie durable de la crise économique reste incertaine.

PIERRE Steve Luc

GPL Media Libre

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