Port-au-Prince: gangs repoussés, civils exposés, la bataille du centre-ville se poursuit

Port-au-Prince: gangs repoussés, civils exposés, la bataille du centre-ville se poursuit

L’État haïtien, à travers la Police nationale d’Haïti (PNH), les Forces armées d’Haïti (FAd’H) et la Task Force gouvernementale, poursuit depuis plusieurs jours une vaste opération visant à reprendre progressivement le contrôle du centre-ville de Port-au-Prince, longtemps dominé par des groupes armés.

Sur le terrain, les forces de l’ordre semblent avoir adopté une stratégie plus offensive, marquant une rupture avec l’attitude défensive observée ces derniers mois. Plusieurs zones autrefois contrôlées par les gangs ont été reprises ou sécurisées.

Parmi les avancées enregistrées figurent notamment le recul des postes de péage imposés par les groupes armés sur la route de Rue Magasin de l’État. Jadis établis jusqu’à la 1re Avenue, ces points de contrôle auraient été repoussés vers les 2e et 3e Avenues Bolosse à la suite des opérations menées par les unités spécialisées de la PNH et leurs alliés.

Cependant, malgré cette progression, les forces de l’ordre ne sont pas encore parvenues à éliminer ces postes de péage illégaux, devenus l’un des principaux mécanismes de financement des groupes armés. Chaque jour, des chauffeurs de transports publics, motocyclistes, commerçants et simples citoyens sont contraints de payer pour circuler dans certaines zones contrôlées par les gangs. Une situation qui contribue davantage à l’appauvrissement de la population déjà frappée par la crise économique et l’insécurité persistante.

Des bâtiments stratégiques récupérés

Des membres de gangs auraient également été neutralisés au cours des affrontements. Plusieurs bâtiments servant de refuges ou de bases logistiques aux groupes armés ont été détruits ou récupérés par les forces étatiques.

C’est notamment le cas de la Faculté des Sciences Humaines ainsi que de l’ancien local de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSC/CA), à l’avenue Christophe, désormais consolidés par les Forces armées d’Haïti.

Ces opérations témoignent d’une volonté affichée des autorités de reconquérir progressivement des espaces stratégiques du centre-ville, considéré depuis plusieurs années comme l’un des principaux bastions des coalitions armées opérant dans la capitale.

Un lourd tribut pour les civils

Cependant, derrière ces avancées sécuritaires, la population civile continue de payer un prix extrêmement élevé.

Au début de cette semaine, soit le lundi 4 mai 2026, environ trois motocyclistes transportant des marchandises ont perdu la vie à Village-de-Dieu lors d’une attaque impliquant des drones kamikazes, selon plusieurs témoignages. Les victimes empruntaient cette route dans le but de rejoindre Fontamara afin d’exercer leurs activités commerciales quotidiennes.

Ce drame illustre la vulnérabilité des citoyens contraints de traverser des zones d’affrontements pour survivre économiquement. « Chache lavi, detwi lavi », dit le vieux dicton créole, une réalité qui semble désormais s’imposer dans plusieurs quartiers du pays.

Une route vitale sous tension

La route reliant le centre-ville à Fontamara et Carrefour demeure l’unique passage emprunté quotidiennement par des milliers d’écoliers, d’universitaires, de professionnels et de commerçants cherchant à rejoindre Delmas, Pétion-Ville ou d’autres communes de l’aire métropolitaine. Elle constitue également un axe important pour les voyageurs se dirigeant vers le Grand Sud du pays.

Avec l’augmentation des prix du carburant et des frais de transport, de nombreux citoyens choisissent désormais de parcourir certaines portions à pied afin d’économiser de l’argent, malgré les risques liés aux affrontements armés.

Des appels à mieux protéger la population

Face à cette situation, plusieurs voix appellent les autorités à renforcer les mesures de protection des civils durant les opérations. Certains estiment qu’il serait nécessaire de suspendre temporairement la circulation des transports publics et des piétons dans les zones de combat afin d’éviter davantage de pertes humaines.

Le professionnalisme des forces de l’ordre est également vivement attendu par une population qui, en cas de bavures ou de victimes collatérales, pointe souvent du doigt les institutions sécuritaires de l’État.

Dans les quartiers situés à l’entrée sud de la capitale, où vivent des centaines de milliers de citoyens non armés, le sentiment d’abandon demeure particulièrement fort. Beaucoup reprochent aux autorités d’avoir déserté ces espaces pendant de longs années, laissant les groupes armés s’y implanter durablement.

Malgré les avancées enregistrées au centre-ville, la reconquête sécuritaire de Port-au-Prince continue donc de se heurter à un défi majeur : protéger la population civile tout en neutralisant les groupes armés qui contrôlent encore plusieurs axes stratégiques de la région métropolitaine.

Jean Daniel PIERRE

Image d’illustration : Travidsor

GPL Media Libre

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