La panacée ne guérit pas la maladie de l’insécurité
Présenté dans les médias locaux comme un remède efficace et guérisseur contre l’insécurité en Haïti, André Jonas Vladimir Paraison est aujourd’hui sur le banc des accusés. Neuf mois depuis son accession à la PNH, la plaie reste encore béante sur le plan sécuritaire.
La crise sécuritaire n’est pas la maladie d’un individu. Leçon apprise. Elle réside dans le fonctionnement d’un système reposant sur le chaos et le financement criminel. Entre les politiques, la classe économique et les gangs en Haïti, le mariage est scellé depuis plusieurs décennies. Et les dernières sanctions étrangères prises contre cette triade sont révélatrices de liens profonds et étroits existant.
Les véhicules blindés ne sont plus consumés par le feu criminel. Certains agents atteignent des zones dangereuses lors des opérations. Voilà les victoires de la PNH depuis l’arrivée du « saint sauveur » Paraison à la tête de l’institution. Les journaux de la place ne parlent plus de problèmes de leadership ou de compétences, comme c’était le cas pour son prédécesseur. Comme si « tout est sous contrôle », pour reprendre les propos de Claude Joseph concernant l’assassinat du président Jovenel Moïse.
La PNH a repris le contrôle du centre-ville de Port-au-Prince, lit-on dans la presse haïtienne. Matin et soir, cela tourne comme s’il s’agissait d’une vérité. Mais la réalité dément cette propagande lorsqu’un commissaire divisionnaire fuyait sous les balles de bandits criminels, non loin du palais présidentiel.
L’alignement du haut commandement est un bon pas. Le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) trouve sa cohérence interne, dit-on. Des véhicules blindés à chenilles ont été livrés à la PNH. Des changements « stratégiques » ont été opérés. De nouveaux policiers intègrent l’institution. Pourtant, tous les territoires contrôlés par les gangs restent encore sous leur emprise.
Des mercenaires étrangers, dirigés par Eric Prince, poursuivent des frappes de drones kamikazes dans les quartiers populaires aux mains des gangs. Des civils sont tués lors de ces frappes. Des enfants aussi. Des bandits aussi.
Le temps est depuis toujours un bon allié. On peut beau mentir sur l’efficacité d’un remède lorsqu’il n’est pas administré à un patient atteint d’une pathologie complexe. Paraison — le combattant bien aguerri — est aujourd’hui au pied du mur, et la presse haïtienne ne remet pas en question sa capacité parce qu’il est perçu comme « la solution ».
