Carrefour toujours paralysée : Krisla prolonge la fermeture de la commune “jusqu’à nouvel ordre”
Quatre jours après la paralysie totale imposée par le chef de gang Krisla, la commune de Carrefour demeure fermée en ce jeudi 20 novembre 2025. Écoles, universités, banques commerciales, services publics et entreprises privées restent inaccessibles, maintenant plus de 500 000 habitants dans une situation d’asphyxie sociale et économique. Et contrairement à ce que l’on pourrait attendre d’un État fonctionnel, ce ne sont pas les autorités haïtiennes qui décident de la réouverture, mais bien les hommes armés contrôlant la zone.
Selon plusieurs habitants joints par téléphone, les soldats du gang de Krisla ont clairement annoncé que la commune restera fermée “jusqu’à nouvel ordre”, une expression qui témoigne de leur domination totale sur cet important carrefour stratégique du département de l’Ouest. Les rares tentatives d’ouverture d’écoles ou de petits commerces ont été immédiatement découragées par des avertissements lancés par les hommes du groupe armé.
Depuis le 17 octobre 2025, aucune institution publique n’a repris ses activités. La Direction Générale des Impôts (DGI), la Mairie, l’OAVCT, la BNC et d’autres bureaux de l’État demeurent verrouillés. Le secteur privé, déjà fragilisé par l’insécurité et les déplacements forcés, continue lui aussi à fonctionner au ralenti, voire pas du tout. Les banques commerciales, habituellement essentielles pour le paiement des salaires et des transactions quotidiennes, gardent leurs portes closes.
Cette paralysie prolongée s’inscrit dans un contexte où l’autorité de l’État haïtien semble totalement dissoute à Carrefour. Alors que le gang impose son calendrier, sa loi et ses sanctions, aucune présence policière notable n’a été enregistrée sur le terrain. Cela fait maintenant plus d’un an et demi que la Police nationale d’Haïti a abandonné cette commune à elle-même, laissant place à une gouvernance criminelle qui s’exerce désormais au grand jour.
La situation suscite colère et incompréhension parmi les habitants, qui se retrouvent pris en otage sans aucune perspective de retour à la normale. Étudiants privés de cours, parents incapables d’assurer la continuité scolaire de leurs enfants, travailleurs bloqués, retraités sans accès aux banques : c’est l’ensemble de la vie sociale qui est suspendue.
Face à cette réalité, la réponse de l’État se fait attendre. Aucun communiqué officiel, aucune mesure particulière, aucune tentative visible de reprendre le contrôle. Dans les faits, ce sont les “soldats” de Krisla qui décident si Carrefour fonctionne ou non un aveu de faiblesse institutionnelle devenu malheureusement habituel dans plusieurs zones du pays.
En ce 20 novembre 2025, la commune de Carrefour ne vit plus au rythme de ses habitants, mais au rythme d’un groupe armé qui dicte la fermeture d’un territoire entier. “Jusqu’à nouvel ordre” : une phrase courte, mais qui résume tragiquement le degré d’effacement de l’État dans cette portion du territoire national.
