Mort de « Ti Will » : colère populaire et polémique autour de la version policière

Mort de « Ti Will » : colère populaire et polémique autour de la version policière

Wilfort Ferdinand, alias « Ti Will », ancien chef rebelle ayant combattu aux côtés de Guy Philippe en 2004, a été tué le mardi 16 septembre 2025 lors d’une opération policière aux Gonaïves. Depuis, la ville est en ébullition et la version livrée par la Police nationale d’Haïti (PNH) est contestée de toutes parts.

Le mardi 16 septembre 2025, aux environs de 15h30, Wilfort Ferdinand, mieux connu sous le nom de « Ti Will », est abattu par la police dans la localité de Canal Bois, au nord des Gonaïves. Ancien chef du quartier de Raboteau et figure armée de l’insurrection de 2004 contre le régime lavalas de Jean-Bertrand Aristide, sa mort a immédiatement suscité un vif émoi. Dès l’après-midi même, la ville s’est embrasée : barricades de pneus enflammés, axes routiers bloqués et tirs d’armes automatiques ont rythmé les premières heures qui ont suivi l’annonce de son décès.

Dans ce climat de chaos, les premiers soupçons se sont rapidement tournés vers Jacques Ader, le nouveau directeur départemental de la PNH dans l’Artibonite. De nombreux habitants l’ont directement accusé d’avoir ordonné de tirer sur l’ancien rebelle. Cette accusation, relayée dans les quartiers, a très vite polarisé la population.

Le lendemain, soit le 17 septembre 2025, le directeur général de la PNH, Vladimir Paraison, a confirmé publiquement que c’est bien la police qui avait abattu « Ti Will ». Dans sa déclaration, il a précisé que les forces de l’ordre exécutaient un mandat de justice lorsqu’un échange de tirs aurait éclaté entre les agents et les occupants d’un véhicule suspect. C’est au cours de cet affrontement que Wilfort Ferdinand aurait trouvé la mort.

Cependant, cette version officielle n’a en rien calmé la colère. Dès le 17 septembre dans la matinée, puis tout au long de la journée, des manifestations massives ont secoué les Gonaïves. Les protestataires, pour la plupart partisans de « Ti Will », ont dénoncé une « exécution sommaire » et exigé justice. Certains ont affirmé que Jacques Ader lui-même aurait reconnu avoir ordonné de tirer, croyant à une menace.

Alors que la tension montait déjà, un nouvel élément est venu attiser la polémique. Dans la nuit du 18 au 19 septembre 2025, à 1h du matin, la coordination de presse de la PNH a publié une note officielle sur son compte institutionnel. Ce communiqué explique que, le 16 septembre, un véhicule suspect avait refusé de s’arrêter lors d’un checkpoint et que ses occupants avaient ouvert le feu. La police aurait riposté, tuant deux individus, dont Wilfort Ferdinand. L’arme retrouvée sur lui, un pistolet Taurus, aurait appartenu à la PNH, mais avec un numéro de série falsifié.

Or, cette explication n’a fait que renforcer la méfiance. Selon plusieurs témoins, aucune balle n’a été tirée contre les agents. Pour beaucoup, la PNH chercherait à justifier un acte prémédité en parlant d’échange de tirs.

Enfin, les réseaux sociaux se sont enflammés dès la publication de la note. Des internautes ont accusé l’institution policière de « fabriquer une version officielle » pour couvrir une exécution, tandis que d’autres ont soutenu les agents en mettant en avant la dangerosité de « Ti Will ». Cette guerre de récits en ligne illustre la profonde fracture qui traverse la société autour de cet événement.

Ainsi, la mort de Wilfort Ferdinand, alias « Ti Will », laisse derrière elle une ville en révolte et une opinion publique divisée. Entre la parole officielle de la PNH et les accusations d’exécution extrajudiciaire, les Gonaïves restent sous haute tension, et l’affaire continue d’alimenter un débat brûlant sur les méthodes policières en Haïti.

GPL Media Libre

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