Haïti livrée aux mercenaires ? Le plan sur dix ans d’Erik Prince

Haïti livrée aux mercenaires ? Le plan sur dix ans d’Erik Prince

Erik Prince, ancien Navy Seal américain et figure controversée du secteur de la sécurité privée, prévoit de maintenir ses forces armées en Haïti pendant une décennie dans le cadre d’un accord avec le gouvernement haïtien. L’objectif affiché : reprendre les territoires contrôlés par les gangs et instaurer un système de collecte des impôts, notamment sur les importations en provenance de République dominicaine.

Dans une interview accordée à Reuters, Prince a affirmé que son entreprise, Vectus Global, avait signé un contrat de dix ans avec les autorités haïtiennes. Une fois la situation sécuritaire stabilisée, la société participerait à la mise en place d’un programme de taxation à la frontière avec la République dominicaine. « Pour moi, l’un des principaux indicateurs de succès sera de pouvoir se rendre de Port-au-Prince à Cap-Haïtien dans un véhicule fragile sans être arrêté par les gangs », a-t-il déclaré. Il n’a pas révélé le montant du contrat ni les recettes fiscales attendues.

Vectus a commencé à opérer en Haïti en mars dernier, principalement grâce à des drones, en coordination avec un groupe de travail dirigé par le Premier ministre. Selon une source proche des opérations, l’entreprise prévoit dans les semaines à venir de déployer plusieurs centaines de combattants américains, européens et salvadoriens, formés comme tireurs d’élite et spécialistes du renseignement, ainsi que des hélicoptères et des bateaux. Prince, fondateur de la société Blackwater, s’est déjà illustré sur d’autres terrains sensibles, mais sa réputation a été ternie par la condamnation de quatre de ses anciens employés pour le meurtre de civils en Irak en 2007, avant leur grâce par Donald Trump.

Depuis le retour de Trump à la Maison Blanche, Prince a multiplié les missions internationales, notamment en Équateur et en République démocratique du Congo. Certains observateurs estiment qu’il est difficile d’imaginer une telle opération en Haïti sans le feu vert de Washington. Le gouvernement américain dément toute implication, affirmant qu’il ne finance pas et ne supervise pas ce contrat.

Sur le terrain, le projet suscite des inquiétudes. Des défenseurs des droits humains rappellent que le recours à des sociétés militaires privées est souvent associé à des violations graves et craignent que cet engagement ne détourne des ressources des forces de sécurité nationales déjà sous-équipées.

Cette mission intervient dans un contexte de crise aiguë : les gangs armés contrôlent de larges pans du territoire, bloquent les routes, attaquent hôpitaux et commissariats, et rançonnent la population. Selon des rapports internationaux, environ la moitié des Haïtiens souffrent d’insécurité alimentaire et plusieurs milliers déplacés font face à une famine imminente.

Malgré l’appel du conseil de transition à un soutien international renforcé, plusieurs précédents montrent la difficulté de sécuriser durablement le territoire. Reste à savoir si l’engagement de Vectus parviendra à changer la donne ou se heurtera aux mêmes écueils.

Jean Daniel PIERRE

GPL Media Libre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *