Sans âme ni plan : la sélection haïtienne de football erre en Gold Cup
Après une défaite sans éclat lors de la première journée de la Gold Cup 2025, la sélection haïtienne masculine de football a enchaîné, ce jeudi 19 juin, avec un match nul face à Trinidad and Tobago. Un résultat décevant, certes, mais surtout un énième signal d’alarme sur l’état d’esprit d’une équipe qui semble avoir perdu bien plus que ses repères tactiques : elle a perdu le lien sacré avec le drapeau qu’elle est censée représenter.
Sans âme ni plan, la sélection haïtienne erre en Gold Cup, accumulant les contre-performances avec une régularité alarmante. Sur le terrain, les occasions s’enchaînent… et se ratent. Lourdement. Comme si, malgré leur talent individuel souvent vanté, les Grenadiers ne parvenaient plus à transformer l’envie collective en action décisive.
Pourtant, le ballon circule, les jambes courent, mais l’âme, elle, semble absente. Aucun frisson, aucun sursaut d’orgueil. L’équipe nationale ressemble de plus en plus à une sélection de joueurs expatriés en tournée estivale qu’à un groupe portant la rage de vaincre au nom d’un peuple meurtri, mais passionnément attaché à son football.
La note publiée par la Fédération Haïtienne de Football (FHF) avant ce match nul tentait de calmer les ardeurs populaires, en appelant à l’unité, au respect et à la patience. Mais elle sonne aujourd’hui comme un écran de fumée. Car au-delà des discours, les faits sont là : le onze national déçoit, et pire encore, il indiffère. Pour beaucoup de supporters, ce n’est plus seulement une question de résultat, mais de représentation. Qui sont ces joueurs ? Que veulent-ils vraiment ? Ont-ils conscience de ce que représente ce maillot ?
Il faut avoir le courage de dire les choses : une grande majorité des joueurs actuels n’est pas née en Haïti, n’y a parfois jamais mis les pieds autrement qu’en transit pour un match. Cela n’enlève rien à leur droit d’être appelés ni à leur talent brut, mais cela pose la question du sentiment d’appartenance. Le football est un sport de passion, de sueur et de symboles. On ne peut pas porter le bicolore haïtien comme on porte un brassard d’entraînement. Il faut du feu dans les veines, de la fierté dans le regard. Ce feu-là, il semble éteint.
Pendant ce temps, dans les quartiers de Carrefour, de Cap-Haïtien ou de Jérémie, des gamins jouent pieds nus, avec une passion que même les meilleurs centres de formation européens ne peuvent enseigner. Ce sont eux, les véritables héritiers du drapeau. Ceux pour qui la sélection n’est pas une option ou un tremplin, mais un rêve pur.
La FHF invite à « continuer à croire ». Mais croire en quoi ? En une équipe sans cœur, ni plan de jeu clair, ni lien affectif visible avec la terre natale ? Le peuple haïtien, lui, croit toujours et c’est peut-être bien là le drame. Car cette foi populaire est trahie à chaque match sans âme.
L’heure n’est pas à la chasse aux boucs émissaires, mais à une refondation sérieuse et honnête. La sélection haïtienne a besoin de plus que des convocations de joueurs en forme sur les réseaux sociaux. Elle a besoin d’un projet. D’une identité. D’un encadrement digne de ce nom. Et surtout, de joueurs pour qui Haïti n’est pas une case cochée sur un formulaire FIFA, mais une part de leur chair.
Jouer pour Haïti, c’est une responsabilité. Pas un passe-temps. Grenadiers, à vous de décider ce que vous êtes venus défendre.
Jean Daniel PIERRE
