Péligre à l’arrêt : “Si on attend l’État pour résoudre l’insécurité, on n’aura plus jamais d’électricité”
Depuis le 13 mai 2025, la centrale hydroélectrique de Péligre est à l’arrêt. Des membres de la société civile du Centre l’ont fermée pour dénoncer l’inaction du gouvernement face à l’emprise des gangs sur Mirebalais et Saut d’Eau. Résultat : black-out total dans la région métropolitaine, effondrement progressif de l’activité et silence pesant des autorités.
Depuis plus d’une semaine, Haïti fonctionne sans sa principale source d’énergie. La centrale de Péligre, qui alimente une large partie du territoire, est fermée par des protestataires en colère contre l’abandon de leurs localités par l’État. À Mirebalais et Saut d’Eau, la peur règne. Les gangs y ont pris le contrôle, et la population se sent seule, exposée.
Selon l’Agence France-Presse (AFP), Robenson Mazarin, avocat et coordinateur du Mouvement des Citoyens Engagés du Centre, fait partie des organisateurs de cette action. Il déclare :
« Nous avons décidé d’arrêter la centrale hydroélectrique parce que le gouvernement a abandonné ces deux villes aux mains des gangs criminels. Les autorités refusent de déployer la force nécessaire pour chasser les bandits et ramener la paix. Tant que cette situation demeure, la centrale de production restera fermée. »
Depuis l’arrêt de la centrale le mardi 13 mai, aucune réaction officielle n’a été enregistrée. Ni dialogue, ni tentative de médiation, ni déploiement de force publique. Ce mutisme contraste violemment avec l’impact considérable du blocage.
Dans la capitale et ses environs, la situation est critique. Des quartiers entiers sont plongés dans le noir. À Pétion-Ville, un habitant raconte : « On avait l’habitude de recevoir un peu de courant, suffisamment pour charger nos téléphones. Maintenant, je suis obligé de payer pour charger mon téléphone. »
À Thomassin, le constat est similaire : « On parle d’une semaine sans électricité, mais ici ça fait plus de deux semaines qu’on n’a rien vu. »
Et à Delmas, un résident résume le sentiment général avec amertume : « Les gens du Centre disent qu’ils rouvriront la centrale quand l’État résoudra l’insécurité. Mais si on attend que l’État résolve l’insécurité pour avoir de l’électricité, on n’en aura plus jamais. »
En bloquant une infrastructure vitale, les protestataires espèrent forcer l’État à réagir. Mais cette stratégie soulève un dilemme : est-il légitime de priver une grande partie du pays d’électricité pour exiger la sécurité ailleurs ? Ou faut-il voir dans ce geste une ultime tentative de faire entendre une détresse longtemps ignorée ?
Ce blocage témoigne aussi d’un changement de posture : une société civile qui ne se contente plus de manifester, mais qui agit sur les leviers vitaux du pays pour provoquer un sursaut.
La fermeture de Péligre n’est pas un simple acte de protestation. C’est un signal fort, une rupture ouverte entre l’État et des citoyens qui ne croient plus aux institutions. Mais tant que les autorités gardent le silence, les lignes de tension continuent de se durcir. Et la population, elle, s’enfonce un peu plus dans le noir, au propre comme au figuré.
Steeve Luc PIERRE
Image d’illustration : Haïti Libre
