En mal de résultats, le CPT quand même soutenu par Caricom et Washington
L’accord du 3 avril 2024, signé par plusieurs partis et organisations politiques, a donné naissance au Conseil présidentiel de transition. Composé de 9 membres, cette structure collégiale, installée le 25 avril 2024, aura bientôt un an. Avec un bilan on ne peut plus catastrophique, le CPT bénéficie néanmoins du soutien de la Caricom, dans un contexte où la coalition des gangs criminels menace de prendre le pouvoir par la violence.
Selon les récents rapports en sa possession, l’organisation régionale estime inacceptable la volonté des gangs armés de s’accaparer de l’appareil étatique pour imposer leurs directives à Haïti. Face à cette situation, la Caricom réitère son soutien au CPT et appelle la communauté internationale et l’Organisation des États américains à soutenir les autorités en place.
Quid du CPT ?
Dès sa mise en place, le Conseil présidentiel de transition s’est montré incapable de choisir un Premier ministre. Après avoir longtemps tergiversé, cette nouvelle structure a jeté son dévolu sur la personne de Gary Conille. Ce dernier, promettant de reprendre le contrôle des territoires dominés par les gangs, s’est retrouvé en peu de temps dans un bras de fer avec des membres du CPT, qui, de ce fait, l’ont révoqué.
Plus le temps passe, plus la situation se détériore, et plus les citoyens s’interrogent sur la capacité du CPT à assurer la direction du pays. À peine investis, trois de ses neuf membres sont accusés dans un scandale de corruption, ce qui a plongé cet organe présidentiel dans une crise sans merci, marquée par un profond clivage.
Où en est le CPT par rapport à ses principales missions ?
Parmi les grands chantiers qui attendaient le CPT, celui de la lutte contre l’insécurité était le plus urgent. Un an après, le Conseil est encore loin de faire peur aux gangs. Au contraire, de nouveaux territoires sont annexés par ces groupes terroristes, alors qu’entre le Premier ministre Alix Didier Fils Aimé et le directeur a.i. de la Police nationale, Normil Rameau, le désaccord est total.
Entre les 26 et 27 janvier, des criminels ont envahi la commune de Kenscoff. Depuis, au moins 262 personnes ont été tuées et 66 autres blessées. 57 % des victimes sont des membres de la population et 43 %, des membres de gangs, selon un rapport du Bureau intégré des Nations unies en Haïti (BINUH) et du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH).
Les bandits ne se sont pas arrêtés là. En effet, dans la nuit du 31 mars, ils ont fait une incursion dans la commune de Mirebalais. Bilan : plus de 500 détenus se sont échappés, des maisons ont été incendiées et plus d’une cinquantaine de personnes tuées. À Saut-d’Eau également, ils sèment la terreur. Ainsi, le défi de l’insécurité peine à être relevé par les autorités.
Référendum et élections dans l’impasse
Organiser le référendum fait partie des missions du Conseil présidentiel de transition. Des rencontres se sont multipliées, mais la tenue du référendum semble encore lointaine, alors qu’il ne reste au CPT que six mois pour organiser les élections et permettre un retour à l’ordre constitutionnel. Malgré les voix qui s’élèvent contre cela, l’organe présidentiel s’obstine à engager le processus référendaire.
Le 7 février 2026 est la date prévue pour que le CPT remette le tablier à un président issu des élections. Si le conseiller présidentiel Leslie Voltaire avait promis d’organiser les élections hors des territoires contrôlés par les gangs, son successeur semble plutôt préoccupé par la situation sécuritaire, en envisageant d’adopter « une économie de guerre » afin de mettre fin à la violence des gangs.
Que faire ?
La question s’impose dans ce contexte. Le bout du tunnel ne se profile toujours pas à l’horizon. Certains signataires de l’accord du 3 avril réclament aujourd’hui la destitution du CPT, jugé incapable d’assumer les responsabilités pour lesquelles il a été créé. Cependant, la Caricom entend continuer à soutenir le collège présidentiel, en dépit du scandale de corruption et des divisions qui le secouent.
Wesker Sylvain
