ULCC / Affaire BNC-CPT : accusateur et accusés tous englués dans la boue de la corruption
Ce mercredi 2 octobre 2024, l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a remis à la justice un rapport d’enquête accablant, concernant des allégations de corruption visant trois membres du Conseil présidentiel de transition (CPT) : Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles. Ces responsables sont accusés d’avoir sollicité la somme de 100 millions de gourdes pour favoriser la reconduction de Raoul Pascal Pierre-Louis à la présidence de la Banque nationale de crédit (BNC).
Lors de la cérémonie de transmission du rapport, le directeur de l’ULCC, Hans Jacques Ludwig Joseph, a qualifié cette situation de « sans précédent » dans l’histoire politique d’Haïti. Il a affirmé que les conclusions de l’enquête sont « sans équivoque » et mettent en cause des atteintes à la probité de ces personnalités, qui doivent assurer le bon fonctionnement des institutions de l’État et réduire les inégalités sociales.
Le rapport de l’ULCC ne se contente pas de relater les faits, il appelle également à des actions judiciaires concrètes. Il recommande de mettre en mouvement l’action publique contre Smith Augustin, Emmanuel Vertilaire et Louis Gérald Gilles pour abus de fonction, pots-de-vin et corruption passive, conformément aux articles 5.5, 5.6 et 11 de la loi du 12 mars 2014 sur la prévention et la répression de la corruption. De plus, il propose des poursuites contre Raoul Pascal Pierre-Louis pour entrave à la justice et corruption active, ainsi qu’envers Lonick Léandre en tant qu’instigateur.
Le rapport appelle aussi à l’extradition de Raoul Pascal Pierre-Louis pour répondre de ces accusations, en vertu des conventions internationales sur la corruption. Sur le plan administratif, l’ULCC recommande l’élaboration et l’adoption d’un Code d’éthique pour les agents de l’administration publique, ainsi que la diffusion d’un guide pratique pour prévenir les atteintes à la probité.
La dénonciation de Raoul Pascal Pierre-Louis, faite dans une lettre au Premier Ministre Gary Conille le 24 juillet 2024, a été le déclencheur de cette enquête. Il a accusé les membres du CPT d’exiger 100 millions de gourdes pour sa reconduction à la tête de la BNC.
Ce rapport marque un tournant décisif pour la lutte contre la corruption en Haïti. Il pose des questions fondamentales sur la transparence et l’intégrité au sein des hautes sphères de l’État. L’ULCC appelle à une justice indépendante, en insistant sur la nécessité pour les juges de traiter cette affaire en priorité, tout en résistant aux pressions extérieures. Les regards sont désormais tournés vers le système judiciaire, qui doit démontrer son engagement à rétablir la confiance du peuple haïtien dans ses institutions.
